27 février 2010

La Tisseuse - Réalisation De Wang Quan’an


La Tisseuse
Réalisation et scénario De
Wang Quan’an

Avec Yu Nan (Lily), Cheng Zhengwu (Xu Xiao-Guang), Zhao Luhan (Zhao Luhan), Xia Yongquan (Bing Bing).
Titre original : Fang Zhi Gu Niang( Chine)

Grand prix spécial du jury, Festival de Montréal (2009) Prix Fipresci, Festival de Montréal (2009)

Synopsis
Lily est ouvrière dans une usine de tissu. Entre un travail difficile, un mari qui ne la comprend pas et son jeune fils, elle se sent coincée dans un quotidien terne et sans surprise. Quand elle apprend qu'elle est gravement malade, Lily décide de tout plaquer et part à la recherche de son premier amour

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La Tisseuse
Parce qu’elle a pris une poignée de secondes pour manger, Lily ouvrière dans une austère et vieillotte filature, certainement dépassée, se fait rappeler à l’ordre et se voit annoncer une pénalité retenue sur son maigre salaire. Dans l’immense atelier où des dizaines de métiers tournent, la musique semble connue et n’étonne plus personne. Nous n’assistons pas à la réprimande, juste au commentaire de l’intéressée de retour des bureaux.
Parce que son mari, anciennement employé dans la même entreprise, licencié, reconverti depuis en marchand de poissons gagne lui aussi une misère, la vie n’est guère reluisante, Lily met cependant un point d’honneur à offrir à son fils des cours de piano, elle s’y endort volontiers en l’attendant.
Peu à peu gagné par des somnolences inhabituelles et surtout un évanouissement soudain elle se décide à consulter. Malgré les précautions visant à l’éloigner au moment du verdict, elle prend conscience de l’horrible réalité, elle est atteinte d’une leucémie, constat sans appel à moins d’y consacrer beaucoup d’argent, ce qu’ils n’ont pas.Dans un premier temps elle feint de ne pas avoir pris connaissance de la réalité, et accepte le fait qu’on la déclare juste énormément fatiguée. Après avoir envisagé le pire, elle en profite pour réclamer quelques jours de vacances et s’échappe pour Pékin. L’occasion de s'extirper de la province tristounette pour pénétrer dans la mégapole bétonnée, Pékin et sa CCTV Tower , Pékin à la recherche d’un premier amour. Idée futile, souffrance inutile, autres lieux ,autre ambiance, usine textile moderne et cadences tout aussi infernales, les petits ateliers tous rasés laissent place à des sites industriels, les maisonnées rasées à des barres d’immeubles.
Lily retrouvera ce premier amour, unique, père lui aussi , ensemble il s’offriront une journée d’escapade, un jour en bord de mer, , ce qui nous semble dérisoire revêt ici l’aspect d’un luxe, ils immortaliseront cette journée sur une unique photo prise par un couple de Coréen , compagnons d’excursion.
Une journée pour ne rien regretter, et se rendre à l’évidence, le passé ne peut être rattrapé, un souvenir survivre et s’idéaliser..oui !
Il faudra ensuite rentrer, se poser la question de continuer ou pas, superbe scène où au désespoir couchée sur les rails succède la fuite dans un éclat de rire. .malgré tout !
Wang Quan’an réalise à la fois un tableau plus que terne de la situation sociale et économique dans la Chine actuelle, un peu comme déjà le Mariage de Tuya et son cruel dilemme le laissait entrevoir.
Il double son portrait d’une histoire d’amour impossible car appartenant au passé, est-il bon de remuer celui-ci, quitte à raviver, créer d’immenses regrets ? Oui sans doute quand comme Lily on mesure le prix de l’instant ! Et l’immense sacrifice de son époux aussi !
Et puis c'est avec une photo comme apartenant à une autre vie, une autre destinée qu'elle pourra s'endormir tranquille .
Voila et s’il fallait une raison supplémentaire, retrouver Yu Nan me suffit amplement !

CritiKat.Com "...Comme dans Le Mariage de Tuya, Wang Quan’an plonge la fiction dans une réalité qu’il veut documenter : celle de cette banlieue de Xi’an, capitale de la province du Shaanxi, celle d’une certaine Chine contemporaine, à deux vitesses. C’est un diptyque qu’il réalise avec La Tisseuse : un portrait de femme (porté par la belle interprétation de Yu Nan) et un tableau de la Chine..."
Le Monde.Fr - "La Tisseuse" : un mélodrame à l'ère du capitalisme sauvage
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25 février 2010

Liberté - De Tony Gatlif

Liberté
Réalisation et scénario De
Tony Gatlif

Musique : Delphine Mantoulet, Tony Gatlif.

Chant « Les Bohémiens » : Catherine Ringer (page myspace de Tony Gatlif)
"Si quelqu'un s'inquiète de notre absence/Dites-lui qu'on a été jetés du ciel et de la lumière/Nous les seigneurs de ce vaste univers."


Avec Marc Lavoine (Théodore), Marie-Josée Croze (Mademoiselle Lundi), James Thierrée (Taloche), Mathias Laliberté (P’tit Claude), Carlo Brandt (Pierre Pentecôte), Rufus (Fernand), Arben Bajraktaraj (Darko), Georges Babluani (Kako), Iljir Selimoski (Chavo), Kevyn Diana (Zanko), Bojana Panic (Tina), Raisa Bielenberg (Puri Dai), Thomas Baumgartner (Tatane)..

L'HISTOIRE
Une famille de Tziganes arrive aux abords d'un petit village de campagne comme chaque année pour les vendanges. Théodore, le maire, vétérinaire de son état, les prévient des nouvelles dispositions prises par le régime de Vichy : les communautés nomades sont désormais interdites. Se sentant peu concernés par les lois, les Bohémiens continuent de vivre selon leurs coutumes, accompagnés d'un petit orphelin, P'tit Claude qui les a suivis sur la route et qui est bientôt recueilli par Théodore. L'enfant s'est pris d'affection pour Taloche, le bohémien violoniste et rêveur un peu fou. La police, la Gestapo et les collaborationnistes rôdent, jusqu'au jour où la famille tzigane est raflée pour être internée dans un camp de concentration pour les Roms. Théodore, accompagnée de Mlle Lundi, institutrice et résistante, décide alors de céder la vieille maison de pierre de son grand-père aux Bohémiens pour qu'ils échappent à la réglementation des nomades. Mais le besoin de liberté ne connaît pas de frontière ni de mur, le voyage est à leurs yeux inséparable de leur existence.
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Liberté
Un titre sobre et beau. Un hommage aux centaines de milliers de disparus, victimes oubliées d’une « shoah » transposée celle du peuple tsigane !
Si le film s’ouvre sur une image de barbelés, barrière par trop visible et ces murs de planches et ces taches colorés d’un peuple emprisonné, les ailes brisés , la caméra retrouve bien vite la nature et l’espace, les chemins verdoyant et caillouteux où chemine derrière deux roulottes et une carriole, une troupe de tziganes.
Dehors, sur la route, dans les champs, les prés, la Liberté, l’estomac plus souvent dans les talons que rempli mais à la recherche de petits boulots, vendanges ou cueillettes, rétameurs ou et surtout musiciens, la musique comme patrie !Venus dans ce petit bourg pour les vendanges, il leur faut accomplir tout un rituel administratif, carnet de circulation à faire remplir en mairie, un peu comme on soumet un repris de justice libéré au pointage régulier. mais en ces temps obscurs tout a bien changé même leur soit disant ami Pierre Pentecôte (Carlo Brandt ) plus intéressé par leurs chevaux que par leur sort .
Non ils ne doivent compter que sur eux-mêmes cela ils le savent depuis longtemps et sur la participation bienveillante du maire du village Théodore (Marc Lavoine), secondée par l’institutrice Mademoiselle Lundi (Marie-Josée Croze), les deux esprits « Libres» eux aussi dans cette France occupée, soumise à Vichy comme à l’envahisseur.
Dans ce ciel de France si sombre, la petite communauté rayonne cependant, la nature est leur seconde mère, leur maison et bien plus encore, ensemble ils forment une famille, et bien qu’astreint à résidence, tant qu’ils n’ont pour toit que le ciel si possible étoilé …
Tony Gatlif filme à merveille ce (et ceux) qu’il connait si bien. Il a conçu un scénario qui lui tenait à cœur et bénéficie d’une interprétation sans faille avec en prime un super-joker, là au sein des bohémiens un être un peu à part, l’esprit plus léger, quasi inconscient et pourtant, en communion totale avec la vie, la nature, ce qui ne se voit pas…Premier à débusquer le suiveur, ce gamin abandonné qui de loin les piste, lui qui sans question adopte ce nouvel ami. Lui, le violoniste qui entre en transe en pleine nature, devenant le réceptacle du passé. Taloche (James Thierrée) extraordinaire, époustouflant, sous une allure de simplet, un don comme venu du ciel lui vaut l’estime du clan. L’acteur lui a littéralement absorbé son personnage, il faut le voir danser avec la terre presque lui faire l'amour, puis suivre les rails de la douleur et trouver un témoignage dans une montre abandonnée frappée de l'étoile de David, ou bien encore libérer l’eau emprisonnée dans les conduits de salle de bain. Mi enfant, adulte effrayé par ce qu’il est le seul à entrevoir.
Tony Gatlif a réalisé un scénario parfait, puisant ce qu’il pouvait du réel, ainsi du témoignage des deux justes, l’institutrice et le maire, quand à la vie tsigane il connait et profite de celle-ci pour soulager une tension qui pourrait plomber le film, n’hésitant pas à faire jouer l' orchestre pour un public de poules non pondeuses … les bêcheuses !
Et encore et toujours ce Taloche, immensément libre et attachant, qui précédera dans son destin celui des siens ! Forcément douloureusement, affreusement triste !

Excessif.Com "...Tony Gatlif nous plonge dans l'histoire terrible des déportations de Tziganes sous Pétain. Mais plus qu'une leçon de mémoire, le film invite à penser la liberté aujourd'hui..."
CritiKat.Com "...Une clôture de barbelés, l’hiver. Un alignement de baraques grises et sales, la boue. Derrière les barbelés, une armada de femmes, d’hommes, d’enfants, visages fermés, tristesse indicible. L’imagerie – hélas ! – familière de la Shoah. Sauf qu’ici, ce sont des Tziganes qui se tiennent derrière les barbelés. Entre 250 000 à 500 000 d’entre eux ont péri sous le régime nazi : une imprécision révélatrice de l’absence de recherches historiques sur cette période tragique. En s’emparant de ce sujet, Tony Gatlif était attendu au tournant. Son film est une belle réussite, parce qu’il respire la liberté en touts points. Par sa démarche, d’abord. Après un gros travail de recherche et de nombreuses rencontres, le réalisateur a tissé son scénario en agrégeant plusieurs histoires, plusieurs destins. Le chemin emprunté délaisse la minutieuse reconstitution historique au profit de la captation de l’âme tzigane aux prises avec la tyrannie humaine..."
Le Monde.Fr - "Liberté" : 'Si quelqu'un s'inquiète de notre absence...'
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Recommandé !!! Liberté - Cinemovies.Fr : Entretien avec Tony Gatlif
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24 février 2010

La Régate - De Bernard Bellefroid

La Régate

Réalisé par
Bernard Bellefroid

Avec Joffrey Verbruggen (Alex), Thierry Hancisse (Thierry), Sergi López (Sergi), Pénélope Lévêque (Murielle), David Murgia (Pablo), Hervé Sogne (Franco), Stéphanie Blanchoud (Laëtitia)..

Synopsis
Alexandre a 15 ans et vit seul avec son père dans les coups et la violence. Cet été, il travaille comme ré-assortisseur dans le même supermarché que son père. Pour échapper à ce quotidien sans répit, Alexandre va faire de l'aviron sur la Meuse et il n'a qu'une obsession, gagner seul et à tout prix les championnats de Belgique. Au travail, le père est licencié devant Alexandre qui tente en vain de l'aider. Mais cette solidarité ne durera pas. Déjà, la violence entre eux refait surface...Ce sera avec Pablo, avec qui l'entraîneur l'oblige à ramer en bateau double et avec Murielle, la jeune fille dont il a peur, qu'il pourra redécouvrir son humanité, l'amour... Un long et difficile apprentissage. Réapprendre à parler, à aimer, à pleurer. Quand ne jamais pleurer c'est ne jamais vivre.
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La régate

Un affrontement père, fils dans l’aquarium qu’est ce petit deux pièces. Une mère absente nous n’en sauront pas plus, un père massif qui se sent diminué face à son fils et ne trouve que le langage de la violence quand le présent devient trop intense, le silence trop lourd à porter. Peut-on parler de désamour pour autant, non ! D’incommunicabilité, oui certainement.
Dehors alors que confronté ensemble à l’esprit retors d’un gérant de supermarché plutôt ripoux, le patron de l’un et de l’autre pour cette saison d’été, la situation s’envenime.
Un père colérique et brutal Thierry (Thierry Hancisse), un fils un peu taiseux, Alex (Joffrey Verbruggen) mais on le serait à moins, reste à ce dernier sa passion pour l’aviron, un sport complet et d’endurance (aux coups ?). Habilement nous n’assistons quasiment jamais aux brimades infligées, du moins dans un premier temps, juste apercevons nous quelques traces, des séquelles, source également de conflit avec son entraineur Sergi (Sergi López), car dans ces conditions, quand il ne peut se montrer Alex lui fait faux bond.Toute sa hargne, ce regard que l’on devine rentré, ses mâchoires serrées, Alex passe sa rage et brule sa fureur sur ses avirons, son entraineur n’ignore pas son potentiel, seulement quand il s’agit de passer un double l’individu va devoir se socialiser un minimum…
Voila entre autres choses la partie merveilleuse de l’iceberg, un garçon solitaire, l’animal cache ses blessures, contraint de s’ouvrir aux autres et à lui-même par conséquent. Cela commencera par l’affrontement avec son co-équipier désigné Pablo (David Murgia), magnifique séquence d’apprentissage obligé en haute mer. Initiation toujours, à la douceur du corps cette fois dispensé par Murielle (Pénélope Lévêque). Joie et douleur de recevoir aussi.
Un peu comme des vases communicants, l’éclosion du fils engendre le renfermement du père, au chômage donc socialement, et affectivement largué sa violence croit…
Si les murs de l’appartement semblent suinter de violences retenus ou pas, les extérieurs et les bords de la Meuse constituent une renaissance, un apaisement , les embarcations fusent sur l’eau et l’on devine tous les muscles au travail, sans les voir, la force qui ne donne pas de coups.
Deux êtres en souffrance, en mal d’amour, de mots … J’ai mal à mon père en quelque sorte !
Voila encore une fois le cinéma Belge se démarque avec un certain brio, deux acteurs talentueux pour camper un père obtus et un jeune acteur qui s’éveille suivant le script et face à la caméra dirigé par Bernard Bellefroid, le tout entouré d'une jeunesse réconfortante, quand à la bande son Claudine Muno & The Luna Boots, on aime …ou pas . ..lol
Chez Lo "..dans la veine du cinéma réaliste, contemporain et social, avec une véritable dramaturgie.."
Excessif.Com "...Dans La Régate, le très bon côtoie le plus mauvais. Inégal, comme on dit. Mais le cinéaste de 31 ans a tellement de bonnes intentions qu'on peut espérer que sa finesse l'emportera sur des maladresses, trop présentes, ici, pour ne pas alourdir un presque-joli film..."
CritiKat.Com "...Pourtant, lorsque cette violence transparaît à l’écran (puisque tout tourne autour de cela, finalement), il est évident, et la caméra s’en rend bien compte, qu’il n’y a pas de responsable à pointer du doigt, pas d’explication sociologique à avancer, mais des nuances terribles de l’âme humaine à saisir. Il suffit de voir le père, cette brute troublée, dont le comportement – abusif ou non – révèle moins une noirceur d’âme qu’un vide, une lacune, un saisissant manque de maturité et de capacité à s’assumer qui fragilise le fondement de son autorité sur son fils...."
Evene.Fr "...Les personnages louvoient entre honte et culpabilité, espoir et amour. L’esthétisme des images est tout aussi impressionnante, plongeant le spectateur dans le monde lumineux des bords de la Meuse, qui contraste avec les relations très sombres entre père et fils. 'La Régate', c'est cette course d'Alexandre avec/contre lui-même. Canalisant son agressivité, il transforme une douleur destructrice en douleur saine et réparatrice à travers le sport. Malheureusement, le récit finit par dériver vers une dynamique bien trop “psychologisante” et prévisible..."
Le Monde.Fr - "La Régate" : frapper son fils pour dire son amour
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22 février 2010

White Lightnin’ - De Dominic Murphy (Royaume-Uni)


White Lightnin’
(Royaume-Uni)
Réalisation De
Dominic Murphy

Avec Edward Hogg (Jesco White), Carrie Fisher (Cilla), Kirk Bovill (Long), Stephanie Astalos-Jones (Birty Mae White), Owen Campbell (Jesco jeune), Muse Watson (D. Ray White)

20e Festival du film britannique de Dinard - White Lightnin' de Dominic Murphy Prix du Hitchcock d'or !
Résumé
Au coeur des montagnes Appalaches, en Virginie Occidentale, où tout homme possède une arme et de quoi distiller de l’alcool de contrebande, vit une légende : Jesco White.
De sa jeunesse trempée dans les effluves d’essence en passant par de nombreux séjours en maison de redressement ou en hôpital psychiatrique, la vie tumultueuse et incandescente de Jesco se consumait dangereusement.Pour le sauver, son père tente de lui apprendre au moins une chose dans la vie : la danse ou plutôt une version frénétique de claquettes sur de la musique country.
Propulsé sur le devant de la scène, applaudi aux quatre coins du pays, Jesco goûte à la vie et tombe amoureux.
Mais, obsédé par la vengeance du meurtre son père, il réveille les démons qui sont en lui !
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White Lightnin’
Sombre comme l’image, semi noir et blanc, répondant au peu de clarté dans ses coins reculés de Virginie occidentale, ici l’on vit au pied des bois et des montagnes. On se réunit pour taper du soulier sur des airs de banjo, pas vraiment folichon quand on a six ans et que l’on a gouté à la douce ivresse des vapeurs d’essence et autres produits volatils. On y revient d’ailleurs sans cesse allant jusqu’à dévaliser le petit drugstore local. A plusieurs reprises, et le cycle infernal se met en place, maison de correction, au régime autoritaire, presque militaire pour ne pas dire pénitentiaire. Mais même là la défonce facile traine et quand à force de subir on se venge, inconscient et défoncé, c’est le carnage et la prison pour mineur se transforme en centre psychiatrique, asile de fortune, adieu les sniff de térébenthine vive les cachetons et injections qui vous laissent hagard et achèvent de mettre votre cerveau sens dessus dessous !Ce trajet dans la dégringolade aura pourtant un répit, une courte rémission quand le père soucieux d’occuper son fiston, le voyant sur une pente fatale, lui enseigne l’art du rythme et des claquettes ; oublié pour un temps la défonce facile, les pieds du gamin, puis de l’ado et du jeune adulte batte la tôle avec talent. Juste avant de sombrer à nouveau, plus violemment à chaque fois, les neurones sacrifiés induisent une plus grande fragilité..Quand Jesco ressortira sous la caution de sa mère se sera pour apprendre la mort du père, sauvagement assassiné…s’il n’en laisse rien paraitre l’idée dèjà lui ronge l’esprit, cet organe fragile et chez lui un peu malade..
La providence mettra sur sa route une femme, mature, plus âgée que lui apte à le contrôler en partie, notamment en l’accompagnant sur la route de ses tournées et avec qui il entretient une véritable passion et amoureuse et sexuelle !Mais le terrain est fragile, toujours prêt à déraper..Surtout quand les assassins de son père se manifestent…
White Lightnin’ chacun peut ressentir ce film comme il l’entend, moi j’y vois une pièce musicale, oscillant entre Rhythm’n’blues bien gras, comme la poussière et la boue des pistes, rock’n’roll basique bien arrosé dans les bars où Jesco se produit, une musique de sang bouillonnant sous l’effet des substances absorbés, alcool ou autre excitant.
Un chant de mort, un hurlement de vengeance, sous l’effet d’un shoot d’amphétamines conduisant à l’horreur, partout et encore présente !
White Lightnin’ est le film sombre que le titre n’indique pas, violent avec juste de temps à autre une étincelle de clarté. Deux choses auront mis du baume sur les plaies de Jesco, la musique et l’amour et la chair de Cilla (sublime Carrie Fisher). Dans l’esprit brouillé du gamin qu’est resté cet homme se débattent encore et toujours la notion de bien et mal. Confusion exacerbée par les sempiternels discours bibliques opposant le bien au mal, dieu et le diable..encore une torture pour les esprits fragiles. La réalisation est à ce titre sublime, caméra tutoyant le sommet sombre des montagnes, les passages nuageux portant des messages bibliques où dieu et satan se partagent la vedette…jusqu'à cette fin …apothéose qu’il vous faudra découvrir !
Voici les quelques lignes que je laissais sur un blog ami CinéManiac au sortir du film :
"J'ai moi aussi ressenti , revu des images d' "Antichrist", les bois sombres et les séquences d'auto- mutilation y sont certainement pour beaucoup ! Sinon oui comment échapper au "Trou du cul " du monde, sinon en se défonçant selon ses propres moyens, et le benzine c'est pas la panacée, gare aux méninges..quand au système éducatif répressif voir carcéral puis l'internement d'office..finalement il s'en sort au début pas si mal, l'héritage parternel fait son office, sa rencontre avec cette femme généreuse en amour, ils auraient pu continuer longtemps malgré les heurts inévitables..oui mais le diable , "Sympathy for the devil" traine dans cet esprit détraqué par les abus. de rechutes ,en sniff de petroléum en injection de speed et la bête ressurgit...mais bon j'en garde un peu sous le coude pour écrire mon propre post..
Dérengeant mais inevitable dans ces contrées éculées, le mix entre le pur, musique et relations d'infortune entre voisins et l'emprise pesante et culpabilisante de cette foi au premier degré, une spiritualité irrefléchie et noire comme des nuages dévalants les collines et montagnes du coin, annonciateur d'un impossible pardon..
Bon voila quelques mots à chaud...
ha inutile de dire que bien des thémes me parlent, à commencer par la musique, sans etre fan de country celle-ci m'a botté..quand en plus je reconnais le son du "Black Rebel Motorcycle Club
"

Note du réalisateur : "..Le rock’n’roll de l’homme-orchestre fou qu’est Hasil Adkins est parfait pour le film. On le surnomme le parrain du psychobilly et son influence sur la musique est considérable. Les Cramps ont même fait une reprise de son titre «She Said» qui est dans le film.
Robert du groupe Black Rebel Motorcycle Club est un ami; il m’a laissé utiliser quelques uns de leurs morceaux, comme le très beau titre «Restless Sinner» que l’on peut entendre au générique... "
Le titre du générique Black Rebel Motorcycle Club - Restless Sinner

Excessif.Com "...un style underground et la même caractérisation d'un personnage flingué par la vie partagé entre l'expression et la manière, l'art et la violence. Enfant, adolescent et adulte, Jesco évolue aux antipodes d'une éducation judéo-chrétienne basée sur le bien, le mal, le péché originel et soigne ses pulsions autodestructrices à travers l'art, l'amour et la foi. Dans la dernière partie, une affaire de vengeance poignante le précipite dans le vide et le confronte à ses propres croyances...."
CritiKat.Com "...Trop de trash tue le trash : on finit par s’ennuyer sévère sans comprendre jusqu’où Dominic Murphy veut « aller trop loin ». Au-delà de la seule démonstration, il serait bon d’avoir aussi quelque chose à dire. Dominic Murphy a clairement été hypnotisé par le vrai Jesco White qu’il a rencontré à plusieurs reprises. Car celui-ci est toujours vivant, contrairement à son double diégétique, construit comme une figure sacrificielle mystique, à grands renforts d’iconographie christique (d’un goût douteux vu le vide spirituel du personnage). Murphy ne parvient pas à sortir d’une forme de fascination aussi béate que ridicule. Ce qu’il manque au déballage d’images glauques qu’est White Lightnin, c’est tout simplement un point de vue ! Le détail est de taille..."
Le Monde.Fr - "White Lightnin'" : les hallucinations d'un pantin trépidant
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19 février 2010

Tatarak - De Andrzej Wajda


Tatarak
Un film polonais de
Andrzej Wajda

Avec Krystyna Janda, Pawel Szajda, Jan Englert, Jadwiga Jankowska-Cieslak, Julia Pietrucha, Roma Gasiorowska, Krzysztof Skonieczny...

L'HISTOIRE
Seule et isolée dans une chambre d'hôtel, une comédienne du nom de Krystyna se confie. Elle raconte les derniers moments qu'elle a partagés avec l'homme qu'elle aimait, un chef opérateur, avant qu'il ne soit emporté par la maladie. Krystyna s'apprête aussi à tourner Tatarak, le nouveau film d'Andrzej Wajda. L'histoire de Marta, une femme qui ignore qu'elle est sur le point de mourir et dont la vie va être chamboulée par sa rencontre avec un jeune homme qui aurait pu être un de ses fils disparus. En parallèle, entremêlées puis mélangées, ces deux histoires tentent d'apaiser la douleur.
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Noyé dans un océan de vert, un presque silence oppressant et…ce réveil en sursaut, d’une femme seule, dans une chambre sombre, aux draps noirs et où l’unique fenêtre laisse entrer une faible clarté. Là assise sur ce lit elle entame un monologue, presque théâtralement elle dresse le tableau de la perte d’un être cher, son mari. Les mots s’écoulent, douloureux et sensuels.
Autre époque, même personne, une femme de médecin, là encore touchée par le deuil passé et un futur qui risque de lui échapper. Là sur les bords d’une rivière, jouant parmi les hautes herbes folles, une rencontre impromptue avec un beau jeune homme et le cinéma s’invite dans le film. Presque déroutant, surprenant tout au mois et prodigieusement efficace.

Il suffit de se laisser porter, par cette ou plutôt ces histoires, du récit véridique aux fictions, par leur télescopage voulu et admirable, cette fuite en maillot sous la pluie et sur la route !
Du début à la fin Tatarak nous parle de vie et de son pendant la mort, sobrement sous le soleil d’été, aux bords d’un plan d’eau, parmi les joncs !
Le Monde.Fr - "Tatarak" : toute la vie d'Andrzej Wajda en un film lumineux
"..Ce film puise son inspiration à trois sources. Un texte de l'écrivain hongrois Sandor Marai dépeignant le désarroi d'un médecin qui diagnostique l'imminent décès de son épouse ; un monologue de la comédienne Krystyna Janda racontant la fin de vie de son époux (le chef opérateur de Wajda, Edward Klosinski) ; et une nouvelle du romancier polonais Jaroslaw Iwaszkiewicz, où Marta, une femme condamnée, est troublée par un jeune homme qui lui rappelle ses deux fils tués lors de l'insurrection de Varsovie...
Un film où se mêlent le cinéma et ce que chacun (acteurs, réalisateurs, êtres humains) traverse au cours de son existence, cette promenade avec l'amour et la mort..."
Excessif.Com "...La clope au bec, la crinière blonde au réveil, son air austère et sa présence muette rappellent la Gena Rowlands d'Opening Night ; sa candeur, la Molly Shannon de Year of the dog. Cette femme, c'est une comédienne justement. A la fois en tant que personne et en tant que personnage principal. Et c'est d'ailleurs de là que vient la force et la faiblesse de Tatarak. En entretenant cette frontière abstraite entre la fiction et la réalité, Andrzej Wajda brouille les pistes et brise le rythme à de nombreuses reprises. .."
Chronicart.Com "...Tandis qu'elle revit cette douloureuse période, Krystyna s'apprête à interpréter le rôle de Marta dans Tatarak, le nouveau film du cinéaste. Réunis par la même douleur, la perte d'un être cher, Krystyna l'actrice et Marta le personnage vont donner vie et sens au raisonnement d'un Wajda vieillissant dont le triptyque vie/mort/cinéma s'écarte légèrement de ses thématiques épiques passées, plus axées sur l'Histoire, le patriotisme et la vie politique de la Pologne. Sentant peut-être la mort approcher doucement mais sûrement, Wajda se détache de son rôle de porte-parole de la nation polonaise pour s'orienter vers un sillage plus personnel. Forme de rupture avec l'ensemble de ses oeuvres passées, Tatarak sonne un peu comme un craquement, une faille, un corps qui s'effondre. .."
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Ilusiones Ópticas - De Cristián Jiménez - Chili


Ilusiones Ópticas
(Chili, Portugal, France, 2009)
Réalisation De
Cristián Jiménez
Avec Ivan Alvarez De Araya (Juan), Gregory Cohen (David), Eduardo Paxeco (Rafa), Paola Lattus (Manuela), Álvaro Rudolphy (Gonzalo), Valentina Vargas (Rita), Hugo Medina (Justo), Carla Bolito (Estefanía), Samuel González (Samuel)...
Synopsis
Au centre commercial le nouveau vigile devient l'amant d'une bourgeoise
cleptomane. Un skieur aveugle recouvre la vue et découvre un monde moins réjouissant
qu'il ne l'avait espéré. Une entreprise offre à son personnel, contre performances optimales, des opérations de chirurgie esthétique, seins, nez et autres implants
capillaires, au choix. Un cadre quinqua fait un stage d' " out placement " ou " comment se
faire virer en douceur et dire merci ". A l'extérieur il pleut, mais au centre commercial il fait toujours 24°. L'hiver passe, tout semble irréel. Illusions d'optique.
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Très rapidement Ilusiones Ópticas fait songer à l’univers de Aki Kaurismaki ou Roy Andersson.
Ces même figures comme issues d’un réel retouché, ces même rapports entre les humains oscillant sans cesse entre le sérieux, et comment ne pas l’être quand on évoque la vie au sein d’un méga-centre commercial ou à quelques pas de là d’une entreprise spécialisée dans la réfection corporelle. Enfin de chirurgie esthétique car tel est le mot si cette dernière est réussie. Au carrefour de toutes ses disciplines, que l’on soit vigile succombant aux charmes d’une bourgeoise kleptomane, chef comptable mis sur la grève avec nombre de ses collègues, mais chez ces gens là on ne licencient pas monsieur, on « Out- placement », chacun vit avec son rêve, modique, dans un univers assez sombre, pas vraiment désespéré, pas vraiment brillant !Sur cette vison assez morne, à l’image des petits pavillons aux couleurs ternes, s’alignant à l’identique, Cristian Jimenez dresse un tableau un poil ironique, ces personnages naviguent du pathétique au comique, passant de Jean qui rit à Jean qui pleure ! le pathétique se fait plus cruel encore à l’image de cet homme retrouvant un semblant de vision, ce que l’on pourrait appeler passer de la nuit noire au brouillard et qui percevant le minimum semble regretter son ignorance d’antan : caché ce monde que je saurais voir !
Tous se croisent, entremêlent leur destin, pour le meilleur ou pour le pire, même si la solitude domine, tous avancent vers un monde que peut-être un jour on leur à fait miroiter ou qu’ils ont simplement rêvé…
Voilou au final un petit film assez déconcertant, où l’humour de situation devient vite grinçant, une œuvre qui mérite cependant que l’on s’y arrête !

Excessif.Com "...Pourtant on aurait aimé qu'Ilusiones Opticas tombe moins dans la fadeur. Parce que certains personnages font pleinement ressentir le rire coupé aux larmes que provoque cette platitude extrême du quotidien mêlée à l'espoir déjà essoufflé d'un enchantement..."
CritiKat.Com "...Pour mettre en scène ces différentes thématiques, le réalisateur compose un ensemble de séquences burlesques teintées de tragédie, où il choisit d’utiliser le plan fixe. Ce dispositif permet d’accentuer la bêtise et l’absurdité de l’univers décrit : les pieds nickelés qu’il nous présente sont filmés frontalement afin de montrer au mieux la détresse qui les habite. Le récit, dans la tradition du film choral, amène évidemment les différents protagonistes à se rencontrer lors de séquences amusantes. Mais plus que les tons colorés de la comédie, ce sont surtout les tons gris qui dominent un film au fond mélancolique. Les différents personnages semblent jouer un rôle, à la manière des fonctions qu’ils exercent, notamment dans le monde de l’entreprise : comme absents d’eux-mêmes, ils subissent plus leur environnement qu’ils ne le maîtrisent..."
Le Monde.Fr -"Ilusiones opticas" : scènes d'une galerie marchande des antipodes
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09 février 2010

Lebanon - De Samuel Maoz


Lebanon
(Israël, France, Allemagne, 2009)
Réalisation et scénario de
Samuel Maoz
Avec Yoav Donat (Shmulik), Itay Tiran (Assi), Oshri Cohen (Hertzel), Michael Moshonov (Yigal), Zohar Strauss (Jamil), Dudu Tassa (le prisonnier), Ashraf Barhom (le phalangiste), Reymonde Amsellem (mère libanaise)...

Lebanon a reçu le Lion d'or à Venise

L'histoire :
Première guerre du Liban, juin 1982. Quatre garçons de 20 ans, Shmuel le tireur, Assi le commandant, Herzl le chargeur et Yigal le conducteur, sont envoyés à bord d'un tank par l'armée israélienne pour attaquer une ville hostile. Ce ne sont pas des guerriers, ils doivent obéir à des ordres. Ils perdront ainsi leur innocence de la façon la plus brutale qui soit...
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Quatre soldats de Tsahal embarqués dans un char, ils couvrent une unité mobile en repérage sur une zone du Liban auparavant nettoyée par des pilonnages d’artilleries. Quatre jeunes hommes dont notre réalisateur, premières visions de désolation sur des villages détruits où règnent les morts, à peine ici de là quelques survivants hagards et craintifs. Quelques combattants pourtant encore, quelques zones, quelques hommes que le tank devrait balayer, oui mais voila du tir sur cible à celui sur des êtres humains et le jeune tireur se retrouve tétanisé, incapable de réagir, mettant en péril la vie de ses éclaireurs, avant de ce décider poussé par le groupe à ouvrir le feu, les yeux clos dans un mouvement compulsif, fait de hoquets et sanglots.Dans l’habitacle du blindé la tension et le malaise viennent de monter d’un cran, la sueur fait luire les visages. Nous suivons depuis le début toute l’action au travers du viseur du char, vision à la périphérie limitée ce qui rend les images encore plus percutantes, accompagnées du bruit métallique de la tourelle se fondant dans l’action. Le bruit celui des armes, des cris et parfois le silence rompu par les tensions qui s’expriment à l’intérieur du lourd véhicule : Reproches au jeune tireur, son hésitation avant d’oser tirer (tuer ?) , directives lourdes de sens de l’officier éclaireur, allusions aux armes interdites, évacuation d’un des leur et la mort qui pénètre ainsi dans l’habitacle . Dans cet espace exigu, la chaleur, l’angoisse, la peur se mêlent aux odeurs que l’on devine, celle de l’huile et de la graisse qui noircie les visages, de l’urine que l’on évacue tant bien que mal, la peur horrible de ce prisonnier, embarqué et qui seul comprend ce que lui réservent les phalangistes chrétiens.
Samuel Maoz retranscrit des années après sa terrible expérience, ce traumatisme dont on ne se remet jamais. Il est quasi impossible de ne pas faire le rapprochement avec le film « Valse avec Bachir », des jeunes soldats, le bruit des armes qui instaure la peur, et auquel l’on répond plus fort encore pour couvrir celui-ci, le bruit, celle-ci la peur.
Si Bachir nous entrainait dans la valse de ses souvenirs par le biais du graphisme, LEBANON nous promène, nous secoue dans cette boite de conserve, rempart prêt à se transformer en cercueil, réceptacle de métal hurlant, chauffé à vif par un tir de roquette, rechignant parfois à démarrer comme une veille 2cv un soir d’hiver…Dans lequel quatre hommes luttent pour ne pas se déshumaniser !
Excessif.Com "...Samuel Maoz, en laissant ses personnages dans le ventre du tank, plonge ses spectateurs au cœur de la guerre telle qu'elle est vécue par ces soldats. « L'homme est d'acier, le tank n'est que ferraille » ; cette phrase gravée dans le char est filmée à plusieurs reprises. On ressent à chaque instant le mélange de dureté et de faiblesse du véhicule, dont chaque mouvement et chaque choc est répercuté sur ses occupants. Pour l'autre partie de la phrase, l'axiome est moins évident. De quoi est fait l'homme ? C'est sans doute une des grandes questions du film et la réponse est : vraisemblablement pas d'acier..."
CritiKat.Com "...La vue de l’extérieur du tank est livrée à travers l’œilleton du viseur donc toujours par le truchement du regard de l’artilleur. Le bruit du viseur qui se déplace et la cible visible dans l’image insistent lourdement sur l’idée, au demeurant peu subtile, qu’à la guerre, on tue. Les images de la réalité du conflit que nous entrapercevons se veulent être autant de chocs, visuels ou auditifs, qui font irruption, sans préavis, et que le spectateur est sommé d’appréhender passivement. Elles sont autant de visions éculées, délibérément apocalyptiques, de la guerre : un âne éviscéré, un soldat qui vomit, des civils qui crient, des maisons détruites, une famille prise en otage par des hommes armés. La caméra tremble sous les chocs et chaos subis par le tank. À plein volume, des explosions, cris, sirènes, ou encore le fracas de la ferraille, surgissent inopinément, dans le but de nous faire sursauter sur notre siège.
...Mais à quoi bon utiliser un tel dispositif ?..."

Le Monde.Fr - "Lebanon" : la guerre à travers le périscope d'un char israélien
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05 février 2010

Disgrace - De Steve Jacobs


Disgrace
(Afrique du Sud, Australie)
Réalisation De
Steve Jacobs
Scénario De
Anna Maria Monticelli
Avec Jessica Haines (Lucy), John Malkovich (David), Eriq Ebouaney (Petrus)...

Adaptation du roman éponyme
de l'écrivain sud-africain
John Maxwell Coetzee[ ]
En 1999, l'auteur a reçu pour la seconde fois de sa carrière le Booker Prize pour son roman, "Disgrâce".
Prix Nobel de littérature en 2003.

L'HISTOIRE
David Lurie est professeur de poésie romantique à l'Université du Cap en Afrique du Sud. Divorcé, il assouvit sans retenue son attirance pour les femmes. Mais la relation qu'il entretient avec l'une de ses étudiantes provoque le scandale, si bien que David se voit forcé de démissionner de son poste. Il trouve alors refuge chez sa fille, Lucy, qui cultive des fleurs dans une ferme isolée à l'intérieur des terres, une région que les Blancs ont quittée après la fin de l'apartheid. Pour continuer à vivre dans ce paysage somptueux David et Lucy doivent se plier à toutes sortes de compromis , là où les Blancs étaient les maîtres autrefois, leur présence est maintenant à peine tolérée. Le jour où David et Lucy subissent une agression, David est le témoin impuissant du viol de sa fille. Choqué, il se rend compte de la violence faite aux femmes dans la société et prend conscience du comportement abusif qu'il a lui-même toujours eu vis-à-vis d'elles. Entre la repentance et la nécessité de faire face et de continuer à vivre, David doit remettre en cause le système de valeurs auquel il a cru jusqu'ici. Il doit désormais intégrer de nouvelles règles de partage des pouvoirs entre les hommes et les femmes, et entre les Blancs et les Noirs.
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Deux semaines après la réussite" Eastwoodienne" d’Invictus, fresque un poil lyrique sur la réconciliation d’un temps (une coupe du monde de rugby) entre blancs et noirs sous l’ère Mandela, « Disgrace » ouvre une autre perspective sur l’Afrique du Sud.
Là au cœur d’une nature immense, Disgrace précipite un père et sa fille dans ce qui ressemble à un cauchemar. Une terrible agression doublée d’un viol. Presque un retour de boomerang pour cet homme qui vient de quitter ses fonctions d’universitaire ayant refusé de « plaider » coupable…d’avoir séduit une de ses étudiantes !Ce père, David (John Malkovich immense) d’abord mal à l’aise vis-à-vis de ce qu’a subi sa fille, puis surpris, étonné qu’elle se refuse à porter plainte. Puis qu’elle reprenne les choses comme si de rien n’était, certes marquée mais vite remettant sa vie en ordre de marche.
S’en remettant pour seule protection à la présence de son voisin, Petrus ( Eriq Ebouaney) qui lentement érige ses propres murs pas loin de chez elle. Petrus est noir, constitue un trait d’union avec sa communauté, et un abri pour Lucy (Jessica Haines)
« Disgrace » pose des questions, comment réussir à s’intégrer, maintenant que la force à changé de mains, comment ne pas fuir le pays celui où finalement l’on se sent bien ? Quelle est donc cette faculté permettant d’oublier le traumatisme d’hier pour continuer d’avancer, aujourd’hui ?
Si sa fille semble consciente du changement de valeur, prête à payer de sa personne, ses bourreaux d’aujourd’hui furent les martyrs d’hier, si sa vie est ancrée dans cette région…si pour une autre raison elle le sera de plus en plus, si il n’existait pas un mais des systèmes de société les uns aussi valables que les autres..Les réponses ne nous seront pas véritablement données, trop facile.
A peine cette simple mais peut-être primordiale philosophie, l’important c’est maintenant, être en vie et continuer !
Pour David, une fenêtre s’ouvre aussi, une histoire de chair et de tendresse vétérinaire, simplement humblement, un pas vers la compréhension, vers une forme d’humilité, vers une certaine rédemption. Qui le verra enfin s’agenouiller et prononcer le mot pardon !
Disgrace , film sur la fracture toujours existante entre blancs et noirs, puis sur la difficile rencontre entre un père et sa fille et leur lent et douloureux rapprochement.
Excessif.Com "...Disgrace est l'adaptation du roman de J.M. Coetzee, prix Nobel de littérature en 2003 pour l'ensemble de son œuvre. La première réussite de Steve Jacobs est de ne pas s'être empêtré dans l'écriture d'un auteur de talent : le film ne souffre d'aucune pesanteur littéraire et est travaillé visuellement. Ce qui peut peser en revanche, c'est la complexité du propos, indubitablement héritée du roman. Non pas qu'il faille s'accrocher pour comprendre l'intrigue, relativement simple, mais le fond du film, le message dont il peut être porteur, n'a rien d'une évidence et possède tant de facettes que la compréhension sera différente d'un spectateur à l'autre. Dérangeant, mais aussi très riche..."
CritiKat.Com "...Fragile autant que hautain, David Lurie se découvre une sensibilité humaine – en prolongement de sa perception littéraire lassée – après l’agression de sa fille. Mais c’est avant tout le refus de celle-ci d’accepter son aide qui conditionne la remise en question du professeur. Le monde a cessé tout à coup de correspondre à son fantasme figé : ce n’est cependant pas pour autant que le professeur se verra offrir d’assurer à nouveau son contrôle sur la réalité. Pour lui, il s’agira d’apprendre à perdre.
Cette sombre leçon semble habiter Disgrace : comme les Noirs ont dû supporter le joug des blancs, ceux-ci doivent aujourd’hui apprendre à courber l’échine. Plus qu’à une suprématie d’une communauté sur une autre, c’est le dessin d’une âme nationale bien réelle qui nous est proposé ; une âme aux fondements fissurés et morbides. Cette nation mérite t-elle qu’on se plie à ses volontés ? C’est en tout cas l’option retenue par le réalisateur, via des personnages capables d’une grande fortitude (là où Sam Peckinpah, sur une problématique similaire dans Les Chiens de paille, décrivait un surgissement violent de l’instinct territorial)....Porté par des comédiens très impliqués (particulièrement un John Malkovich tout en retenue, a contrario de beaucoup de ses performances récentes ; tout autant que la surprenante débutante Jessica Haines), Disgrace est un film qui aime, respecte ses personnages, au point de friser l’abstraction, l’illustration pure et non contextualisée d’un texte très travaillé, mais parfois désincarné. Est-ce une faillite ?, celle d’un film qui voudrait relier le pays aux hommes et aux femmes ? Mais peut-être sont-ce les tourments de ceux et celles-ci qui sous-tendent l’âme sud-africaine – une âme qu’on nous raconte ici, à contre-courant des options narratives usuelles. Il faut du courage pour se confronter à ce rude portrait en tant que spectateur ; il en a certainement fallu pour mener à bien un tel traitement, en tant que scénariste et en tant que réalisateur..."

Cinemovies: Disgrace - Les notes de production
Le Monde.Fr - "Disgrace" : au coeur de la violence quotidienne
"..Il faut aller voir Disgrace pendant que le souvenir d'Invictus est encore frais. Cette adaptation du roman de l'écrivain sud-africain J. M. Coetzee fait un contrepoint sombre (et involontaire) au récit triomphant de Clint Eastwood. Ancré dans la réalité sud-africaine, Disgrace met en scène avec une précision froide les blessures toujours prêtes à se rouvrir..."
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04 février 2010

Une exécution ordinaire - De Marc Dugain


Une exécution ordinaire
Un film de
Marc Dugain

Avec André Dussolier, Marina Hands et Edouard Baer...

Synopsis
L'automne 1952. Une jeune médecin urologue et magnétiseur qui pratique dans un hôpital de la banlieue de Moscou cherche désespérément à tomber enceinte de son mari, un physicien désabusé qui ne survit que grâce à l'amour qui le lie à sa femme.
Anna pratique le magnétisme pour soigner la plupart de ses malades. La jalousie de ses collègues, beaucoup plus conventionnels, les conduit à la dénoncer. Mais contre toute attente, ce talent arrive finalement aux oreilles de Staline qui décide de faire secrètement appel à ses services. Petit à petit, le dictateur s'installe dans la vie d'Anna et l'entraîne dans un cercle vicieux, extrêmement dangereux. Après moult confidences et autres manipulations, la jeune femme se perd, entre sentiments et devoir politique.
Cette dernière est à son grand effroi appelée secrètement à soigner Staline, malade, au seuil de la mort, et qui vient de se débarrasser de son médecin personnel. Le dictateur s'insinue dans le couple et installe avec la jeune femme une relation où se mêlent confidences et manipulation. Tour à tour amical et pervers, le monstre livre son art de la terreur comme on ne l'a jamais vu.
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Echappé de l’imaginaire de Marc Dugain, « Une exécution ordinaire » voit un couple en mal d’enfant, survivre grâce à un amour mutuel sans faille dans une union soviétique grisâtre, verdâtre et oppressive. Partout méfiance et dénonciation règnent. Aussi Anna (Marina Hands) doit elle subir des pressions de plus en plus importantes, , la médisance de ses collègues jaloux du succès de ses consultations . Le monde se bouscule pour cette urologue qui soigne avec efficacité en imposant les mains. Des mises en garde bienveillantes de son directeur (Tom Novembre) à l’odieux chantage de son chef de service ( Gregory Gadebois), Anna voit, ressent son univers se réduire comme peau de chagrin, seul l’amour et la vie avec son mari dans ce petit appartement vétuste apporte son lot de consolation…et là encore les voisins si bien intentionnés se plaignent, de ces cris de plaisirs auprès du maton de service, le concierge si dévoué, ici interprété par Denis Podalydès.
Il convient avant toute chose de noter l’excellence des rôles dit secondaires, ils instaurent, ambiance aidant ce climat pesant, cet état de qui vive permanent. Aussi quand on embarque Anna sans une explication, peut-on envisager le pire. Que cette convocation soit quasiment une invitation, de celle que l’on ne peut...refuser avec le camarade Staline. Que ce dernier ayant balayé tout ce que la Russie comptait de médecins efficaces, sous prétexte de leur judaïsme, dans une obsession qui le ramène au rang tout aussi ignoble du régime nazi.Que ce dernier épuisé, tenaillé par la douleur se résout à utiliser le don d’Anna, qu’il lui impose le silence, soit, mais plus encore le silence de ses proches. Et les seuls moyens pour y arriver…instants de déchirements, d’absolue souffrance. L’occasion de voir un Edouard Baert sobre et juste, effondré mais digne, face à son épouse anéantieCommence alors une série d’allée venue de chez elle jusqu’au prés de Staline. Magnifiques, ou plutôt terrifiantes images, celles-un homme seul, qui sait la terreur être sa meilleure alliée !
Ainsi n’hésite-il pas à donner des nouvelles censées être rassurantes sur l’avenir de son époux , lecture détaillée des comptes rendus de torture endurés par celui-ci puis détail de sa nouvelle « affectation » sur le chantier du sous-marin nucléaire le Koursk, mutation hautement dangereuse…
Face à Face, Marina Hands et André Dussollier (méconnaissable ainsi grimé, sosie parfait de Staline) , quand l’une soulage les maux, l’autre avec les mots torture. La terreur comme assurance vie, vie du régime il va de soi ! Ici dans cette fiction, rappelons le, inutile de soulever des foules d’historiens en colère, le dictateur est seul, craint par son proche entourage, mais il est aussi extrêmement lucide…et redoutable ….
Evene.Fr "..Une Exécution ordinaire
de Marc Dugain
[Littérature française XXIe] - Résumé du livre
En août 2000, le sous-marin Koursk, l'un des fleurons de la flotte russe, coule en mer de Barents. Aucun secours efficace ne sera tenté à temps et il n'y aura aucun survivant. A partir de cette tragédie, ce roman retrace les destins de gens ordinaires de la Russie post-soviétique. Ainsi Pavel, le narrateur, vient de perdre son fils dans le naufrage.
"
Evene.Fr "...Un condensé de figures cinématographiques en pleine maîtrise de leur art. Audacieux projet que de confier à André Dussollier l’imposante personnalité de Staline, sans que l'incongruité de l’idée ne transparaisse à l’écran. De même qu’unir l’intense Marina Hands au désinvolte Edouard Baer confère à l’histoire sa dimension humaine et poétique. Sans oublier la touche absurde apportée par l’excellent Denis Podalydès, transformé pour l’occasion en concierge énigmatique. Leurs performances conjuguées à la vigueur des dialogues insufflent à l’histoire toute son épaisseur dramatique..."
Excessif.Com "...Dussollier compose un Staline plus nuancé, au point de le rendre véritablement fascinant. Son arrivée dans l'histoire du film est certes assez tardive, et donc frustrante, mais notre impatience se trouve immédiatement comblée. Entre douceur et perversité, l'acteur, à l'image du personnage, nous glace à chacune de ses apparitions, aussi bien dans ses silences que ses discours. A ce sujet, Marc Dugain lui réserve des répliques d'anthologie, ainsi qu'à l'ensemble de son casting, telles que « N'oublie pas tes mains, je viendrai avec mes douleurs », « J'ai supprimé tous ceux qui m'étaient indispensables. Depuis ils ont prouvé qu'ils ne l'étaient pas », « C'est un des effets pervers des interrogatoires que de faire parler des gens à qui on ne demandait rien. », souvent déclamées avec à la fois beaucoup de prestance mais également de calme. L'acteur promène d'ailleurs sa silhouette ronde mais forte avec bonhomie, elle-même accentuée par un jeu de voix mélodieux grave et posé. Néanmoins, cette gentillesse apparente sous-entend en fait un danger extrême. On sait que le moindre faux pas à l'égard de Staline amène inévitablement à la mort de ses « interlocuteurs ».
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