29 novembre 2009

Hadewijch - De Bruno Dumont


Hadewijch
De Bruno Dumont
Avec Julie Sokolowski, David Dewaele, Yassine Salim, Karl Sarafidis, Brigitte Mayeux-Clerget ...
Synopsis
Choquée par la foi extatique et aveugle d'Hadewijch, une novice, la mère supérieure la met à la porte du couvent. Hadewijch redevient Céline, jeune parisienne et fille de diplomate. Sa passion amoureuse pour Dieu, sa rage et sa rencontre avec Yassine et Nassir l'entraînent, entre grâce et folie, sur des chemins dangereux.

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Dans un couvent une jeune fille prie et pleure. Elle prie Dieu, Jésus, la vierge et qui sais-je encore !
Elle refuse toute nourriture, semble attendre une réponse …à ses prières, qui ne lui vient pas, ni le jeune, ni autres privations, ni la pluie, ni le froid n’y font rien. Si ne n’est d’alerter la mère supérieure sur l’état physique et spirituel de celle qui n’a pas encore tout à fait intégré la communauté des religieuses. Aussi lui conseille-t-on gentiment mais fermement de trouver sa place dans le monde avant que de s’en retirer !
Ainsi quittant cette abbaye regagne elle ses études de théologie, le domicile familial, en plein cœur de Paris, l’île Saint-Louis un immeuble immense et cossu, monastère de luxe à sa façon. Un père et une mère quasi absent de par leur fonctions. Trainant les églises, faisant une halte occasionnelle dans un troquet, Céline notre jeune fille, Hadewijch son nom au couvent, croise des jeunes de son âge, prend un verre avec eux et s’accorde pour les revoir le soir à un concert de rock à bretelles là quelque part sur les quais de Paname !
Ce qui frappe d’emblée c’est l’aplomb, l’assurance de la jeune fille, elle fera preuve d’autant de sureté à plusieurs reprises. Le christ l’accompagne, elle peut avoir des amis, une affection véritable, mais son corps, sa virginité ne sont pas à prendre ! cela asséné comme une évidence, face à des garçons plus pressant, notamment Yassine, jeune et beau et respectueux..Même s’il passe un peu ses nerfs sur un scooter, emprunté, emmenant la jeune fille dans une course poursuite au travers de la cité. Yassine la reverra, chez elle, convié à au repas, face à ses parents murés dans leurs hautes opinions, à cent mille des réalités.
Puis viendra le tour de Céline, guidée dans la banlieue, ces immenses tours, son regard qui s’élève comme si là haut il lui serait possible de se rapprocher de ce dieu recherché, elle qui vit dans la cité quasi médiévale, chargée d’histoire, aux pierres très terre à terre !
Là elle fera connaissance du frère de Yassine, Nassir, féru d’Islam, fortement engagé !
Bruno Dumont crée une situation assez dynamique, les jeunes s’enivrent aussi de musique, que ce soit un post punk musette emballant le long des quais, à un concert intime mais vibrant dans une nef d’église, et si la présence divine se cachait au sein des notes ! Les jeunes aussi évitent et c’est bravo tous les clichés sur la banlieue, ce chien massif qui vient tailler le bout de gras avec le bichon blanchâtre de Céline.


Céline toujours imperturbable, jamais effrayée sure de la protection de son christ, Celine disponible pour les autres. Oui la jeune fille commence à s’ouvrir au monde, sa foi reste imperturbable mais elle n’en saisi pas toujours la finalité.
D’où ces discussions avec Nassir, sa découverte de l’Islam, de la condition palestinienne comme une énorme injustice. Et enfin de ce bras qu’il faut armer !
Dumont déroule des faits, des pistes parfois les laissant dans une part d’ombre, une obscurité qui ira grandissante chemin faisant.
Quelle interprétation donnée aux faits et aux images finales, en quel sens et jusqu’où Celine y est elle impliquée.
Enfin ce chemin qu’elle recroise, cet homme entrevu au début, il vient de purger sa peine, alors qu'elle semble devoir s’acquitter d’un lourd tribut !
Voila à ce stade, et compte tenu des éléments qui ne vous ont pas été révélé, vous ne pouvez qu’entrevoir ce qu’est ce film !
Pourtant cette œuvre n’a rien de bigote, elle est même furieusement rock’n’roll, oui vous savez cet apanage de la jeunesse, et quand on aime à 20 ans que ce soit Dieu ou bien quiconque !
Et puis je ne sais pas, à défaut d’une sainte, Bruno Dumont nous révèle Julie Sokolowski, éblouissante de naturel et d’aisance elle porte Hadewijch comme une seconde nature, fraiche et tourmentée, déterminée et soucieuse…
Je retiens ce nom, son interprétation est immense ! Bravo
Bruno Dumont laisse maintenant quelques portes entrouvertes, faits relativement flous que chacun puisse en faire son interprétation, son interrogation. RECOMMANDE!
Libération.Fr "..un cinéaste qui manie à ce point la soustraction, l’ellipse, la juste dose propose un film irracontable, comme avant lui Ordet de Dreyer ou, jeune fille du même prénom, le Céline de Brisseau. Avec la même intensité érectile, le même désir d’être possédé par l’invisible (si on vous dit : le film le plus érotique de l’année, vous nous croirez ?)
On disait furie mystique, et il faut, le meilleur pour la fin, décrire Hadewijch, ou plutôt le miracle d’actrice qui la porte, Julie Sokolowski (première fois à l’écran) incurvée sur elle-même, indéchiffrable, en vacance de sens, éperdue, paumée dans le temps, entre autres : rien ne la distingue d’une autre jolie jeune fille de 2009 sinon, tapie dans sa douceur polie et dans un calme flippant, cette attente d’amour dingue qui la fait différente..."

Excessif.Com "...Son cinéma est magnifique car ses étendus d'un coin des Flandres deviennent mythologiques, qu'ils élargissent à la planète entière l'horizon d'une France qui a perdu beaucoup de son génie.
Bref, chaque film de Dumont est pour moi une flambée d'espoir en l'Homme, celui qui vit et celui qui regarde. Mais qui aujourd'hui a encore envie au cinéma d'être surpris avec ce qu'il espère ?
Hadewijch est une love story moderne où une jeune fille cherche l'absolu d'un amour. Vous pouvez aller la découvrir dans une salle de cinéma. Vous voyez, c'est simple. " Xavier Giannoli

CritiKat.Com "...Ce qui ne veut pas dire que règnent désormais sur sa manière la liberté absolue et l’abandon total aux aléa du tournage. Les cadres sont sciemment posés, le son ostensiblement mixé. Lorsqu’un rayon de soleil providentiel vient caresser Céline d’une lumière divine, cela n’a rien d’un hasard, d’une captation miraculeuse : le moment est choisi. Au fond, de la mise en parallèle d’un trajet spirituel et de la violence du monde jusqu’aux scènes de banlieue exemptes de toute sociologie à ras de bitume, en passant par le prénom de l’héroïne, le film rappelle beaucoup Brisseau, auquel il doit peut-être ce quelque chose de décomplexé mais doux dans sa mise en scène (sans l’approche hollywoodienne du découpage, et avec un érotisme moins frontal, beaucoup plus troublant). La filiation est assez surprenante au premier abord, mais au fond pas si étonnante que ça.."

24 novembre 2009

Rapt ! - De Lucas Belvaux


Rapt !
Réalisation De
Lucas Belvaux

Avec Yvan Attal (Stanislas Graff), Anne Consigny (Françoise Graff), André Marcon (André Peyrac), Françoise Fabian (Marjorie), Alex Decas (Maître Walser), Gérard Meylan (Le Marseillais), Patrick Descamps (Massart). ...

Synopsis
Homme d'industrie et de pouvoir, Stanislas Graff est enlevé un matin comme les autres devant son immeuble par un commando de truands.
Commence alors un calvaire qui durera plusieurs semaines. Amputé, humilié, nié dans son humanité, il résiste en ne laissant aucune prise à ses ravisseurs. Il accepte tout sans révolte, sans cri, sans plainte, c'est par la dignité qu'il répond à la barbarie.
Coupé du monde, ne recevant que des bribes d'informations par ses geôliers, Graff ne comprend pas que personne ne veuille payer la somme qui le délivrerait.
Au-dehors, son monde se fissure au fur et à mesure de la révélation de sa personnalité. Tout ce qu'il avait réussi à garder d'intimité, son jardin secret, est révélé à sa famille par l'enquête de police ou celle de la presse.
Chacun découvre un homme qui est loin de ressembler à celui qu'il imaginait.
Quand il retrouvera la liberté, ce sera pour s'apercevoir qu'il a tout perdu, l'amour des siens, l'estime de ses collègues, son pouvoir, la confiance en ses proches.
Sa libération se révélera plus difficile à vivre que sa captivité.
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Stanislas Graff (Yvon Attal ) capitaine d’industrie, homme influant et important, est enlevé en plein jour , une action rapide et rigoureusement menée. S’inspirant librement mais assez fidèlement du kidnapping du Baron Empain, Lucas Belvaux réalise un presque polar, avec une forte résonance humaine et politique. Transposant ce fait divers des années 70 à nos jours, il garde intacte la trame des faits, des conditions difficiles de la détention aux exigences des ravisseurs, des menaces proférées un doigt coupé comme avertissement à la modalité d’une remise de rançon. S’ensuit alors la négociation quand au montant de cette dernière et l’enchainement des révélations sur les vies privées du grand patron. L’homme d’affaire, ce chef de famille se double d’une seconde vie, faite de soirées passées aux tables de jeu, d’une garçonnière et sa foule de maitresses, tout subitement remonte à la surface et éclabousse la victime et les siens.
A la surface la police se débat contre la volonté familiale de payer la rançon, une remise prévue à Ostende, l’occasion de retrouver Patrick Descamps à la tête de la brigade belge et Alex Descas en avocat. Un échec et les jours succèdent au jour, la presse lâche peu à peu l’affaire après avoir fait ses choux gras de la vie dite dissolue du magnat.
Lucas Belvaux filme sans temps morts, d’une manière rapide il enchaine les plans. Comme cette libération, presque inattendue. Ce retour, encore la presse puis les siens. Le fossé s’est creusé, ou alors plus simplement apparait-il enfin ? Car cet homme a toujours vécu selon son bon vouloir, agencé sa vie, ses vies comme il l’entendait…et il compte bien, encore faire de même…sauf que, quoique…
Excessif.Com "...le cinéaste n’oublie pas d’exposer les relations intimes entre les sphères industrielles et celles des forces de l’ordre et du pouvoir, les intérêts des uns ne venant pas forcément renforcer ceux des autres. Jeu d’échecs ou bien encore de quilles, qui contrôle quoi et comment ? La réponse est assez inquiétante : personne ne contrôle rien. Tout juste faut-il espérer traverser la tempête sans se faire éclabousser. Film froid certes mais film fort, l’interprétation d’Yvan Attal n’y est pas pour peu de choses. Bourgeois, fier, séduisant et entreprenant, sa détention va le conduire au bout de ses instincts de survie. La mise en scène de Lucas Belvaux est précise, pour ne pas dire coupée au scalpel, pour favoriser une neutralité chère au cinéaste : au spectateur de se faire sa propre opinion du personnage."
CritiKat.Com "...Après seulement quelques minutes, le grand capitaine d’entreprise se trouve pieds et poings liés, dans le coffre d’une voiture, enlevé par des ravisseurs qui exigeront une rançon mirobolante. Cet homme chez lequel le pouvoir semblait synonyme d’une certaine forme d’ubiquité est réduit à l’inaction, c’est à dire à l’impuissance. Dans les plans qui précèdent l’enlèvement, Graff nous est présenté dévalant des escaliers, parcourant des couloirs, traversant des pièces à toute vitesse. La caméra saisit le personnage dans des décors successifs, sans jamais le suivre, sans faire le lien entre les différents espaces, ce qui donne d’emblée une sensation d’omniprésence du personnage, qui semble sauter comme par magie d’un espace à un autre. L’idée de pouvoir semble chez lui absolument corrélée à la mobilité, à la faculté de s’approprier l’espace. Le priver de sa liberté de mouvement comme vont le faire ses ravisseurs, c’est nier son essence d’homme de pouvoir, c’est le vider de sa substance..."
Le Monde.Fr - Après le "Rapt", plus dure sera la liberté
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23 novembre 2009

Kinatay - De Brillante Mendoza


Kinatay
Un film de
B
rillante Mendoza
Avec Coco Martin (Peping), Julio Diaz (Vic), Mercedes Cabral (Cecille), Maria Isabel Lopez (Madonna), John Regala (Sarge), Jhong Hilario (Abyong)...

Prix de la mise en scène - 62ème Festival de Cannes 2009

Synopsis
Peping, un jeune étudiant en criminologie, est recruté par son ancien camarade de classe, Abyong, pour travailler en tant qu’homme à tout faire au service d’un gang local de Manille. Cette activité lui permet de gagner de l’argent facilement pour faire vivre sa jeune fiancée, étudiante elle-aussi, qu’il a décidé d’épouser. Mais pour ça, il lui faut encore plus d’argent. Abyong propose alors au jeune homme de s’engager dans une « mission spéciale », particulièrement bien rémunérée...
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"L'intégrité, une fois perdue, est perdue à jamais" Brillante Mendoza

Cela démarre dans la lumière, dans l’agitation qui semble perpétuelle des terrasses et enchevêtrements de Manille, des cours où toute une population s’active, des lieux de misère où l’on fait sécher son linge tandis qu’un coq se fait trancher le cou et que rougeoient les braises d’un barbecue de fortune. Ici et là toute une marmaille s’agite, joue ou pleure, les plus grands cherchent le moyen de gagner, de grappiller quelques sous. C’est bruyant, c’est coloré et la caméra s’en donne à cœur joie, prenant de la hauteur pour saisir l’ensemble, où s’introduisant dans ces étroites ruelles, une vision remuante que cette optique portée. Elle provoquerait presque le tournis, comme une légère nausée, faut il voir un présage, un aperçu que ce qui bien après suivra ?
Ensuite vient le bruit, de plus en plus fort, la mégapole vrombit de toute part alors que Peping et sa fiancée empruntent jeepneys et bus pour retrouver leur famille, certains venus de loin assister au mariage. Célébré, fêté au snack local par un plantureux repas, nos deux jeunes mariés retrouvent ensuite le coutumier. Leur foyer modeste et leur tout jeune enfant pour elle, l’école de police pour lui , ses fonctionnaires sont nombreux dans la capitale.
Nombreux et sous payés, deux mots pour une porte ouverte sur la corruption, déjà Peping améliore son ordinaire de quelques menus trafics, la séquence du début, où à l’issue du repas il ramasse le pourboire laissé par son parrain et le glisse à son frangin qui lui réclame de l’argent est significative. Le soir avec un compère Abyong il collecte l’argent de quelques revendeurs de drogue, dans la nuit tombante argent et boulettes changent de mains. La journée devrait s’arrêter là, mais ce soir une mission plus importante ….pour Peping une première, on le sent happé, n’osant refuser, ne sachant ce qui l’attend…


Voici le petit jeune homme propret dans son polo d’élève, à l’arrière d’un minibus parti pour sillonner la nuit. Devant des hommes que l’on devine imposants, plaisantent et jurent, autour défilent les néons, promesses de nuits fiévreuses et de sexe monnayé !
L’équipée est à la recherche de Madonna, facile à trouver et à embarquer. Le ton monte, les coups pleuvent. Là, séquestrée, bâillonnée, estourbie, à même le sol du fourgon celui-ci s’éloigne, quittant les lumières de la ville pour l’obscurité. Nous plongeons dans le noir, à peine de temps à autre une lumière extérieure, découpant les ombres des occupants du van. Dans le silence épais qui s’est installé se devine une tension, est-ce la notre, celle de Peping, les deux sans doute !
Des questions pleins l’esprit, où allons nous, la fille ne gémit plus, ne bouge plus, est elle…Que pense Peping, regrette-il déjà….la durée du voyage, une pause pour pisser, perdu dans ses pensées, songe-t- il à fuir, le pourrait il ?
Et puis enfin les grilles d’une propriété négligée, un peu de lumière…et la suite… la fille que l’on réveille d’un seau froide, les plus jeunes que l’on envoie chercher caisse de bières et cigarettes, et Peping hésitant face à son portable.
Puis vient le reste, des images qui choquent et c’est le spectateur qui se prend le seau d’eau glacé en pleine figure, le rythme heureusement s’accélère écourtant l’insupportable.
Et quand viendra le jour une victime sera éparpillée aux quatre coins de la ville, message d’effroi, avertissement, personne ne le sait vraiment, les infos baladent leurs caméras dans toute la ville, filmant aussi bien un homme prêt à se jeter du haut d’un immeuble qu’une tête retrouvée dans un tas d’immondices.
Toutes ses violences presque ordinaires, qui revêtent des apparences cauchemardesques aux couleurs de la nuit et s’atténuent et s’apaisent avec le jour, noyées dans le flot d’un quotidien presque banal !
Ainsi de Peping, quelques billets en poche de plus, il revient vers son présent, peut etre les cauchemars viendront ils avec la nuit, ou alors à l’instar de ces hommes aguerris glisseront ils tout simplement, comme sur ce militaire, galonné, n’est-ce pas là son métier, tuer, certain voudrait même en faire un art !
« Kinatay renvoie à des lâchetés universelles, à la difficulté d'intervenir, à la transformation d'un innocent en monstre par son silence. La captation d'une telle impuissance devant tant d'inhumanité est magistrale. »Le Monde.Fr

Excessif.Com "...Mendoza au sommet ou au plus bas ? On hésite (un peu, beaucoup, à la folie)..."
Evene.Fr "...Comment recommander ‘Kinatay’, alors que personne ne sortira indemne de ce cauchemar ? .."
Telerama.Fr "..A Cannes, Kinatay a obtenu le Prix de la mise en scène. Choix judicieux (bravo au jury d'Isabelle Huppert), récompense courageuse pour ce film à l'étonnante rigueur et à l'extrême audace. Car ce massacre - c'est ce que signifie kinatay en philippin -, Mendoza aurait pu le filmer avec mesure. Flatter notre goût pour le bon goût. Miser sur la sacro-sainte épure. Reléguer en coulisses - hors champ - l'horreur et l'ignominie.
Lui a choisi de montrer. Mais juste ce que surprend l'oeil de Peping. Il insiste moins sur l'horreur que sur les conséquences de l'horreur sur un innocent qui, précisément, n'en croit pas ses yeux..."

Le Monde.Fr - "Kinatay" : dépeçage d'une effeuilleuse à Manille
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15 novembre 2009

L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot


L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot

Réalisé par
Serge Bromberg et Ruxandra Medrea (documentaire)

Avec Romy Schneider, Serge Reggiani, Bérénice Bejo, Jacques Gamblin, Catherine Allegret ...

Synopsis
En 1964, Henri-Georges Clouzot choisit Romy Schneider, 26 ans, et Serge Reggiani, 42 ans, pour être les vedettes de L'Enfer. Un projet énigmatique et insolite, un budget illimité, un film qui devait être un "événement" cinématographique à sa sortie. Mais après 3 semaines de tournage, le drame. Le projet est interrompu, et les images que l'on disait "incroyables" ne seront jamais dévoilées. Ces images, oubliées depuis un demi-siècle, ont été retrouvées et elles sont plus époustouflantes que la légende l'avait prédit. Elles racontent un film unique, la folie et la jalousie filmées en caméra subjective, l'histoire d'un tournage maudit et celle d'Henri-Georges Clouzot qui avait laissé libre cours à son génie de cinéaste. Jamais Romy n'a été aussi belle et hypnotique. Jamais un auteur n'aura été aussi proche et fusionnel avec le héros qu'il a inventé. Serge Bromberg et Ruxandra Medrea réussissent ici une "recomposition" de l'oeuvre disparue, créant un nouveau film qui raconte l'histoire de ce naufrage magnifique et qui permet au projet d'exister enfin.
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Ce documentaire semble chercher à s’approcher d’une vérité, qu’il n’atteindra sans doute jamais. En une heure et demie, il pose certes les bonnes questions, se repose sur des archives retrouvées et surtout sur des mètres et des mètres de pellicule.
Henri-Georges Clouzot envahissant un hôtel de luxe en plein Paris, y élaborant maquettes et découpages du script au millimètre prés, nous assistons enfin aux choix et essais des costumes, Reggiani un bonheur et que dire alors de la prestation de Romy Schneider enfilant pour notre plus grand bonheur des dizaines de tenues différentes !
Les moyens alloués sont titanesques et c’est une armée de techniciens qui accompagne alors les acteurs sur le lieu retenu, le lac éphémère du Garabit retenu pour le tournage. Le projet , avec le recul le scénario semble simpliste, une femme infiniment belle, un homme diaboliquement envouté, dévoré jour après jour par une jalousie sans limite . Le défi pour Clouzot, s’appuyer sur la beauté de l’une, chose aisée et user de tout son art pour traduire cette folie intime, ce doute permanent qu’éprouve l’homme jaloux, peu à peu gagné par des visions, des sensations étranges.
Pour ce faire, Clouzot à recours à diverses expérimentations, et signe ainsi des images fortement teintées d’une empreinte psychédélique, presque les premiers balbutiements à l’époque. Seulement voila toujours insatisfait il lui faut remettre encore et encore son ouvrage sur le métier, au point d’épuiser physiquement son acteur, les scènes de course autour du plan d’eau qu’il fait faire et refaire à Reggiani tiennent des travaux forcés.
Alors que l’un s’apprête à le quitter, le réalisateur s’acharne, et filme pour notre bonheur encore et encore, dans des scènes de plus en plus lascives, Romy Schneider. Soumettant son visage et son corps à des lumières nouvelles, le cinéaste semble littéralement envouté.


Une étrange alchimie a elle eu lieu dans son esprit ? A-t-il inconsciemment provoqué le départ de Reggiani ? Pour devenir ce personnage, jaloux, possessif à son tour en atteste les bobines qui s’accumulent et ses morceaux choisis de plus en plus étrange, ce ressort dévalant une discrète courbe sur le ventre nu de Romy Schneider.
Est il possible qu’au final, adossé à un mur, dans l’impossibilité de sortir une œuvre cohérente, en mesure avec les moyens développés, affaibli, le reportage revient sans cesse sur l’absence de sommeil, la maladie et donc l’incident se soit avérer être la seule porte de sortie possible?
Reste ce magnifique document, ces séquences pas encore sonorisées, l’astuce des réalisateurs faire doubler quelques scènes clés par Bérénice Bejo et Jacques Gamblin. Les deux comédiens posent avec talent leurs voix et émotions sur un décor neutre, ils retranscrivent sans images cette fois les douleurs de la passion !
Enfin reste Romy Schneider comme on ne l’a jamais vu !
Voila en 1994 Claude Chabrol reprendra le scénario, abandonnant l'aspect expérimental pour ce concentrer sur l'âme et les névroses de ses personnages incarnés par Emmanuelle Béart et François Cluzet !

Excessif.Com "...les témoignages des rescapés du tournage (Costa Gavras alors jeune assistant ; Catherine Allégret, fille de Signoret amie de Clouzot depuis Les diaboliques) révèlent les tensions qui existaient entre Clouzot et son équipe en convergeant vers la même hypothèse : la fiction a pris le pas sur la réalité. A en croire le montage, L'enfer tenait de l’art cinétique avec une esthétique du mouvement fondé sur les illusions d'optique, la vibration rétinienne et l'impossibilité de l’œil à accommoder simultanément le regard à deux surfaces colorées. S’il avait pris forme, ce fantasme de film aurait été aussi révolutionnaire que Clouzot l’aurait souhaité..."
CritiKat.Com "...Serge Bromberg, on lui découvre des talents de conteur. « L’histoire commence, et elle commence mal », nous dit-il en voix off. Et c’est bien cela, le grand mérite de L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot : raconter le tournage comme un drame, avec ses tensions, ses moments de grâce, ses rebondissements... Bromberg et Medrea utilisent le principe de la mise en abyme pour scruter la chute du film de Clouzot dans les abîmes de la création. Les auteurs reprennent au film de Clouzot son ton dramatique, sa structure en flash-back et transposent le canevas du scénario de la fiction palimpseste de 1964 au documentaire de 2009, en racontant comment un homme a priori raisonnable, bascule peu à peu dans la folie, comment tous les éléments convergent progressivement vers l’évidence de sa déraison...."
Fan De Cinéma.Com "...La chance a voulu que Serge Bromberg se retrouve un jour coincé deux heures durant dans un ascenseur avec Inès Clouzot, la veuve du metteur en scène. Serge Bromberg ayant un important pouvoir de persuasion, cet heureux concours de circonstance a donné naissance à un documentaire magistral et envoutant......Ce que Bromberg a retrouvé ce sont 185 bobines des essais et des 3 semaines de tournage mais ce sont 15 heures de pellicule sans le son.."
Le Monde.Fr - "L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot" : regarder Romy et approcher 'L'Enfer

13 novembre 2009

Les vies privées de Pippa Lee - De Rebecca Miller


Les vies privées de Pippa Lee
(The Private Lives of Pippa Lee)


Réalisation et scénario de Rebecca Miller

Avec Robin Wright Penn (Pippa Lee), Alan Arkin (Herb Lee), Blake Lively (Pippa Lee jeune), Julianne Moore (Kat), Winona Ryder (Sandra Dulles)...

Synopsis
Pippa Lee s'est construite une vie confortable dans une atmosphère feutrée. Elle est dévouée à son mari plus âgé, ainsi qu'à ses enfants déjà adultes. Mais à l'approche de la cinquantaine, cette sérénité en apparence parfaite s'effrite. Pippa a connu une enfance tumultueuse et délurée où se sont mêlés sexe, drogue et rock'n'roll. Désormais, elle doit donc trouver un équilibre entre sa jeunesse troublée et «la femme « trop rangée « qu'elle est devenue. Sa rencontre avec un mystérieux jeune homme va lui permettre de trouver un nouveau sens à sa vie...
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Ou quand une quadra charmante, épanouie se penche sur son passé, envisage le futur et se retrouve soudain prise comme d’un vertige.
Du présent au passé, par de multiples flashbacks, guidé par la voix off de Pippa Lee elle-même, nous remontons son existence, De sa naissance, cette horrible chose duvetée dixit sa propre mère en pleine hystérie ! A la gamine, soudainement adorée par la dite mère, enfant jouet, on lui fait endosser des tenues dignes d’une mini Marylin ou autre starlette. Maman copine maman de plus en plus déphasée, sans arrêt sur la brèche et pour cause elle carbure aux gélules, speed ou barbituriques allez savoir !
Jusqu’au jour où Pippa excédée par cette mère qui ne veut ne peut se sevrer quitte et fuit la maison familiale. Bienvenue en ville, années sexe et défonce jusqu’à sa rencontre avec celui qui est aujourd’hui son époux et le père de ses deux enfants !


Pippa semble paisible pourtant son existence ressemble à une cocotte sur laquelle le couvercle maintient une bien trop grande pression, même si elle-même semble l’ignorer.
Mais que fait elle la nuit, est-ce elle ou son époux qui déambule dans la villa et même plus loin !
Qu’est devenue cette jeune femme un peu rebelle, et surtout libre, va-t-elle survivre à ses visites de quartiers courtoises et ennuyeuses, à ces cours de poteries et j’en passe …
Et puis y a bien un beau buraliste à un moment où pas mal de choses basculent dans la vie de
Pippa, mari, enfants, quand les amies se révèlent sous leur vrai jour …
Voila un petit film qui aurait sans doute gagné à être un peu plus incisif, plus rentre dedans, mais qui grâce à un casting éblouissant, et aussi nimbé d’un humour léger et efficace glisse aisément et s’il ne laissera pas un souvenir impérissable constitue un bon moment !

Excessif.Com "...Un film illuminé par la trop rare Robin Wright Penn, troublante. ..."

CritiKat.Com "..Porté par un casting constellé de vedettes on ne peut plus dépareillées, le film est le portrait d’une femme au foyer qui, rattrapée par une existence douloureuse, va vouloir s’émanciper, prendre le large et dérégler le quotidien où elle semble s’engluer. Et même si la démarche Miller semble plutôt sincère, certaines maladresses liées à l’adaptation littéraire n’évitent pas de voir à travers cette trajectoire, une entreprise balisée et finalement convenue..."

Le Monde.Fr
- "Les Vies privées de Pippa Lee" : révolte féministe à 50 ans

10 novembre 2009

Visage - De Tsai Ming-Liang


Visage
Scénario et réalisation de
Tsai Ming-Liang

Chorégraphies de
Philippe Decouflé

Avec Fanny Ardant, Laetitia Casta, Jean-Pierre Léaud, Lee Kang-Sheng, Lu Yi-Ching, Norman Atun, Chen Shiang-Chyi, Jeanne Moreau, Nathalie Baye, Mathieu Amalric, Yang Kuei Mei, Chen Chao Rong..

Invité par le Musée du Louvre à exercer son regard de cinéaste au sein de l'établissement parisien afin de produire une oeuvre d'art qui rentrera dans ses collections, Tsaï Ming-Liang s'est employé à raconter le mythe de Salomé au travers d'une fantasmagorie qui révèle autant son amour pour Truffaut et Léaud qu'une profuse réflexion sur le deuil et l'acte créateur. Or, pour mettre en scène une approche aussi complexe, le cinéaste a choisi un procédé parmi les plus connus : raconter l'histoire d'un film dans le film...
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Visage
Qu’allais-je donc voir ?
“I don’t want to sleep alone” du même réalisateur m’avait enchanté, longue rêverie et déambulation, silence et souffrance tues !
Ici avec à peine le souffle d’un écho à l’esprit, je peux donc m’attendre à tout, et bien qu’on me surprenne !
Une cuisine, soupe et légumes, wok pas de doute nous sommes dans un film asiatique, la cuisine y est souvent présente et torture mon estomac par la même occasion qui réclame son du et se fait entendre dans la salle assez déserte ! Un homme s’active …et déclenche une fuite d’eau, brisant robinet et canalisation. Ces tentatives absurdes dignes d’un film muet pour endiguer la catastrophe ne serve à rien, l’eau envahit la maison, sur un lit une femme se souffre. ..Et se meurt !
La mère du réalisateur, ce dernier mêlant ici réel et fiction, ou plutôt érigeant une barrière souple et malléable, il en va ainsi du temps comme des lieux.
Oui dès le départ, il s’agit d’accepter de se laisser porter, surprendre, voire de faire de temps à autre preuve de patience ! Les images, les scènes arrivent. De l’enterrement, du deuil et de l’inquiétude Fanny Ardant, là à la production, de Jean-Pierre Léaud tachant d’amorcer une conversation élaborée avec le réalisateur chinois, dialogue de sourds souriant par bienséance autour de Truffaut.
Et puis y a les passants, cela passe un passant et c’est magnifique, quand ils se nomment Jeanne Moreau, Nathalie Baye attablés attendant un hôte et un repas qui se fait attendre, formidable plan triangulaire sur nos trois stars, Fanny Ardant les ayant rejoint !


Et puis y les hommes, et des buissons Mathieu Amalric et Lee Kang-Sheng , ou quand suggérer crée le trouble. Et puis y a Léaud trainant sa silhouette désenchanté, peut être inquiet . Lui face à son miroir qu’une Fanny Ardant princière entoure de ses bras, le rassurant…Ou cherche à se rassurer elle-même ! Image magnifique que ce « couple » capturé par ce miroir.
Le miroir, les miroirs ils semblent poursuivre Laetitia Casta, ils font parti du scénario, et sans cesse elle les croise, pour, une fois dans l’intimité, à grand renforts de ruban adhésif recouvrir tout ce qui peut lui renvoyer son image. L’artiste rangeant au placard son outil de travail sitôt celui-ci terminé !
Casta dans les bois artificiellement enneigés, au sein d’un ballet chanté assez kitch ! Ce cerf chargé d’hanter le plateau et qui finira par se sauver entrainant un retard considérable dans le tournage du projet. Laetitia la féminité du tournage, reine d’un ballet pour des séances très sensuelles et de bon gout !
Mais moi celle qui me fait chavirer, rien qu’au son de sa voix…ho et puis je vous laisse deviner..
Voila dans l’ensemble quelque chose d’assez hétéroclite mais visuellement surprenant et dont certaines vues, images possèdent un intérêt ensorcelant ! Suffisant pour vous tenir à l’affut durant plus de deux heures vingt !
CritiKat.Com "...Le cinéaste a mûri son projet pendant deux ans, ne sachant trop comment équilibrer le rapport entre le fantastique et la réalité. Les deux dimensions cohabitent avec d’autant plus de pertinence que Visage est aussi une réflexion sur le cinéma et sur l’art en général. Via le personnage de Lee est évoqué le travail de l’artiste, ses doutes, ses angoisses, sa solitude, son attrait pour l’excès. Comment gérer la vie et ce qu’on veut créer ? Quel lien établir entre les deux ? Tsai se retrouve en le personnage de Lee, comme il se retrouve, depuis toujours, en le comédien qui l’interprète, et en Jean-Pierre Léaud de qui il se sent proche. C’est lorsqu’il réfléchissait à son sujet que Tsai a perdu sa mère : le deuil est alors devenu l’un des enjeux du film. Tout esthétique que soit Visage donc, le cinéaste n’en parle pas moins de lui, injectant dans son film une présence à la première personne. ..."
Excessif.Com "..Visage incarne littéralement dans sa construction, la réflexion qui lie un auteur à ce qu'il crée, c'est-à-dire ses images, ses envies, ses fantasmes. Intervient alors la troisième ligne directrice du film : l'espace mental qu'il tisse et dans lequel il nous faut entrer. Support de sa réflexion sur le cinéma et l'image, cette dernière voie nous invite par la métaphore du musée que l'on visite, à nous plonger dans les arcanes mêmes de la pensée du réalisateur. Ainsi, tout ce qui apparaît à l'écran est avant tout constitué des souvenirs cinéphilies, des projections et des réflexions de l'auteur. Et cet amalgame nous parvient par le truchement des dédales et couloirs que les personnages traversent et arpentent telles des idées incarnées. Or, digérés et recomposés par sa propre psyché, ces derniers nous parviennent déformés, transformés. On pensera notamment aux scènes d'amour au sensualisme exacerbé qui irriguent le film, aux séquences chantées par Laëtitia Casta ou à celles faisant apparaître Fanny Ardant, Nathalie Baye et Jeanne Moreau. Avec un risque pourtant évident : celui de laisser son spectateur au bord du chemin devant tant de complexité..."
Le Monde.Fr - "Visage" : Tsai Ming-liang, poète visuel, fait danser Salomé
Et aussi
Le Monde.Fr "..Il y a de la nostalgie dans Visage, celle d'un âge d'or englouti qui courait déjà dans Retour à Dragon Inn, ce film que Tsai Ming-liang a entièrement tourné dans un vieux cinéma. Mais elle est mise en tension avec le chaos du présent, avec ce tournage qui prend l'eau de toutes parts, au cours duquel on court après un cerf disparu dans Paris, on se rend à Taïwan pour enterrer la mère du cinéaste, on perd tout contrôle sur le vieil acteur français, on s'inquiète de ce que les assurances ne veuillent plus le couvrir, on ne trouve plus le réalisateur, occupé à s'envoyer en l'air derrière un arbre du jardin avec Mathieu Amalric... La nostalgie est balayée, surtout par le délire pop des tableaux chorégraphiés, par le faste des costumes signés Christian Lacroix et des décors, par la beauté de Laetitia Casta..."

08 novembre 2009

Les Herbes Folles - De Alain Resnais


LES HERBES FOLLES
Un film de Alain Resnais

Avec Sabine Azéma (Marguerite), André Dussolier (Georges), Anne Consigny (Suzanne), Emmanuelle Devos (Josépha), Mathieu Amalric (Bernard)...

Synopsis
Marguerite n'avait pas prévu qu'on lui volerait son sac à la sortie du magasin. Encore moins que le voleur jetterait le contenu dans un parking. Quant à Georges, s'il avait pu se douter, il ne se serait pas baissé pour le ramasser.
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Ce que j'en retiendrai, puisqu'il faut y aller au feeling, ce sont tout d'abord les pieds de Marguerite Muir (Sabine Azéma). Essayant une multitude de chaussures, légèrement déformés ils cherchent ainsi que leur propriétaire la paire à leur gout et à leur aise par dessus tout!
Un portefeuille égaré, qui atterrit d’abord dans les mains de Georges Palet (André Dussollier) perturbant l’esprit déjà tourmenté de ce dernier. Ce repas familial dans ce petit pavillon, cette herbe qu’il a fallu tondre pour recevoir les enfants l’esprit toujours occupé par cette découverte inhabituelle. Ces papiers ramenés au commissariat, ce lieu qui semble en perpétuelle fête, sic ! Ce flic que l’on dérange puis qui ne vous lâche plus (Mathieu Amalric).
A l’inverse de cette herbe, pelouse qu’il a fallu tondre, poussent celles indisciplinées, échappant à toute réelle logique, croissant là où on ne les attend pas, les herbes folles.
Comme de trouver un portefeuille et de mettre un doigt, une main, un bras dans l’engrenage, attirant dans les pages du hasard un homme, une femme, dans l’esprit a germé une graminée poussée par le vent, une pensée, une attirance.


Ce que je garderai aussi, ce petit cinoche, en haut de cette rue bordée de restos et de troquets. Là où dans un déluge de couleurs, les lieux respirent l’artificiel plus vrai que nature, oui c’est cela la magie du ciné !
Entre une dentiste aux pieds sensibles, funambule aérienne et un homme..inactif ? Retraité…des voitures..comme on le dirait d’un ancien truand, dangereux pervers ou criminel au passé obscur, faites vos jeux les ouvertures sont nombreuses et possibles, aucune porte ne mène à une quelconque vérité !
Quand à la lande bretonne, oui le réalisateur est Vannetais , et moi je donne ma langue au chat !

CritiKat.Com
"...Un doute apparaît alors : Resnais lui-même sait-il où il va ? Si ce mystère titille en permanence tant il est profond, si Marguerite et Georges sont parfaits dans l’effeuillage progressive des (non) sentiments, dans le débordement affectif et inactif, la musique remplit trop souvent un espace qui devrait être réservé à la rêverie, tout comme quelques moments de bravoure, souvent bien interprétés (notamment par un Mathieu Amalric tout droit sorti de Rois et reine), mais cassant ce sentiment de mystère, sonnant presque faux. .."
Excessif.Com "...Chaque film d'Alain Resnais est un questionnement en soi et dans le cas présent, Les Herbes folles ne déroge pas à la règle. En effet, avec ce film, le cinéaste opte d'abord pour une narration dont le sens et la linéarité sont battus en brèche, du fait de leur illogisme, de leur incohérence et d'une volonté de briser coûte que coûte, la vraisemblance qui accompagne l'acte de filmer..."
Le Monde.Fr - "Les Herbes folles" : une formidable remontée de sève

01 novembre 2009

Irène - Réalisation d' Alain Cavalier

Irène
Réalisation d' Alain Cavalier

Irène et le cinéaste. Relation forte et en même temps pleine d'ombres. Irène disparaît. Reste un journal intime retrouvé des années après. Une fraîcheur. Une attirance. Un danger. Comment faire un film ?
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Irène de Alain Cavalier


Voici mon premier contact avec l’œuvre du cinéaste, reçu comme un uppercut, tétanisé, subjugué par tant de maestria, porté par l’image et la voix du réalisateur, par la poésie du sujet, au cœur du romantisme, savant mélange d’amour et de mort, de pudeur aussi!


Irène, ou comment après avoir hésité, confier ou non le rôle à une actrice, Sophie Marceau dont le portrait punaisé sur un mur semble lui dire, vas-y appelle moi !
Alain Cavalier part finalement seul sur les traces d’Irène, sa compagne et femme. Il va tel un petit poucet remonter les petits cailloux de souvenirs disséminés, incarné dans une multitude de lieux et d’objets. Appartements, chambres d’hôtes et d’hôtels qu’ils ont partagés. Comme guide suppléant de sa mémoire, s’il en était besoin, Alain Cavalier possède trois carnets, couvert de son écriture soignée, y sont consignés dans le détail faits et humeurs de l’un et l’autre, vu avec l’exigence du cinéaste-scénariste. Ils apparaissent à l’écran, d’abord dans une tentative de les soumettre aux flammes d’un camping-gaz, rayer le souvenir puis s’ouvrent les pages et leurs caractères serrés ,les mots se dévoilent, soulignés, repris par la voix de conteur, calme et posé, presque apaisante voire apaisée du cinéaste .
Le chemin du souvenir emprunte celui des mots mais plus encore celui des petits riens, ces objets, une lampe, un tableau, une chambre à deux lits toujours.
L’absente d’aujourd’hui y est infiniment présente ! Dans un rayon de lumière, un plan particulier, sur un lit blanc oreillers et traversins forment un corps alangui, de toutes ces choses inanimées Alain Cavalier cadre et exploite la lumière, la profondeur des champs avec un incroyable talent filmant le tout avec sa mini caméra numérique. Met en scène le vide , la disparition de l'autre, crée des parallèles audacieux: une pastèque et un oeuf, miment l'uterus "Irénien "creusant là où cela fait mal !
Nous ne croiserons Irène qu’au détour d’une ou deux photos, l’auteur lui-même se fait absent, à peine retourne-il la caméra face à lui dévoilant son visage meurtri, chute consécutive à ses déambulations l’œil visé à son optique dans les couloirs du métro.
Irène porte en soi tout ce qui fait une œuvre romantique, un langage, un poème à la fois écrit, les carnets et plus éloquents encore la parole de l’image.
Cette multitude de lieux où l’esprit et la caméra de l’auteur en appelle, en rappelle un autre. Cette femme aimée, ce mystère pourtant qu’il n’aura pas eu le temps de percer, cette femme habitée par une réelle souffrance !
Amour, mystère et mort, autant d’éléments justifiant ce qualificatif, romantiquement douloureux !
Alain Cavalier livre un ouvrage si particulier, renonçant à recourir à une actrice il plonge au fond de lui-même, avec souffrance et en tire un film bouleversant et somptueux.
Je ne suis pas suffisamment cinéphile pour porter un jugement aussi catégorique..Mais puisque d’autres s’en chargent je ne puis qu’approuver : Chef-d’œuvre !

Excessif.Com "...Dans Irène, ouvrir sa boîte de Pandore lui permet (une dernière fois ?) de consigner des images subjectives, de multiplier les notations éparses, d'évoquer les affres de la maladie, de rassembler des pièces de son corps blessé comme les pièces d'un puzzle, de caresser son entourage, de convoquer des spectres d'une époque ancienne pleine de promesses et de filmer les fantômes comme personne. En somme, de partager un moment de vie qui s'éteint..."
CritiKat.Com "...Irène reprend le même dispositif et fait de la mini-DV un medium aux pouvoirs chamaniques dialoguant avec la mort. Une morte, une certaine Irène, compagne du cinéaste disparue en 1973 dans un accident de la route, pour laquelle Alain Cavalier cherche et trouve les moyens d’une incarnation puissante et bouleversante. Le mot est intimidant, mais il brûle tant les lèvres (les doigts en l’occurrence) qu’il doit être incontestablement lâché : chef d’œuvre..."
Le Monde.Fr - "Irène" : Cavalier, au nom de la femme aimée

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