29 octobre 2009

Casanegra - De Nour-Eddine Lakhmari


Casanegra
Réalisation de
Nour-Eddine Lakhmari

Avec Omar Lotfi (Adil), Anas El Baz (Karim), Mohamed Benbrahim (Zrirek), Ghita Tazi (Nabila), Driss Rhouke (le beau-père), Haitham Idrissi (Haitham la tortue)...

Synopsis
Casablanca la ville blanche n'est pas une réalité pour tout le monde. Adil et Karim en savent quelque chose, le premier soutire l'argent de deux gamins vendeurs de cigarettes au détail, le second rêve de Malmö, une ville suédoise d'où son oncle lui a envoyé une carte postale véritable image d'Epinal d'un pays idyllique. Mais leur quotidien c'est surtout la rue et les courses-poursuites avec les forces de l'ordre bien déterminée à chasser tous trafics illégaux. Alors qu'Adil s'occupe de son père devenu impotent à cause de son travail et de sa jeune soeur étudiante, Karim rentre tous les soirs la peur au ventre à cause de son beau-père alcoolique et violent. Loin d'une ville fantasmée par les récits de voyage, Casablanca devient sous les yeux des deux jeunes hommes Casanegra, la ville noire d'où l'on ne peut s'extirper. Une vie tragique menée au jour le jour sans jamais savoir de quoi demain sera fait jusqu'au jour où Adil tombe amoureux d'une vendeuse d'objets d'art.(Source Excessif.Com )
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Le Maroc, Casablanca, la ville blanche, là où peut- être plus qu’ailleurs il advient de survivre, pour les deux jeunes gens comme pour un grand nombre d’enfants des rues. Ces enfants qui vendent à la sauvette des cartouches de cigarette pour le compte Karim alors que Adil cherche à écouler des cartes bancaires (volées ?) pour financer son voyage !
La casa des cités à l’écart du centre, avenues désertes et pas spécialement proprettes, où de temps en temps dans un raffut de sirène la police débarque cherchant à choper ces p’tits vendeurs sauvages.
Ce Casa pas net nos deux amis le surnomme Casanegro, Là où l’un doit s’occuper de son père démoli par des années de labeur indécent pour un patron esclavagiste, là où le second assiste presque chaque au spectacle d’un père bourré, qui s’en prend violement à sa mère. Un soir n’y tenant plus Adil de rage lui brule sa voiture.
Le point commun de cette jeunesse, de ses deux amis ne pas accepter le présent, la vie qu’on leur promet. ..Et comme on les comprend !
Le soir reste le plaisir de trainer en descendant des bières, de monter sur les toits admirer la cité blanche, de se sentir là haut maitre du monde, remplis d’une amitié invincible.
Le plaisir aussi de tomber amoureux ainsi de Karim pour les beaux yeux d’une belle antiquaire !
A coté d’eux évoluent deux mondes distincts, Zrirek digne représentant de la pègre locale, extorsion de fonds sous prétexte de protection, et gare aux mauvais payeurs, il manie la perceuse sans fil comme personne. Son projet utiliser les deux garçons sur un coup en or (Oui ceux dont on doit toujours se méfier..).
Zrirek nous fait pénétrer dans le Casa des bars, là où l’on vous sert de l’alcool sur fond de karaoké magrébin. Dans les rues de Casa trainent aussi les poubelles pas ramassées, les déchets, les clodos éméchés et oui même dans un pays majoritairement musulman.
Zrirek confie aussi à Karim et Adil une mission test avant le grand coup, récupérer une somme d’argent, chez un récalcitrant, là nos deux amis tomberons dans le Casablanca du luxe, le casa occidental, écœurant de trop de richesse étalée, et de perversité quasi maladive.


Quand à l’épreuve finale, le coup proprement dit, vous comprendrez que je garde le silence, cela repose sur une question chevaline. ..Quand à vous donner l’arrivée… !
Voila le film repose sur une image bien travaillé, c’est beau Casa la nuit ! Surtout vue des toits !Une interprétation tout à fait plaisante, et enfin il s’agit quand même d’un hymne à l’amitié, à l’amour. ..des belles antiquaires.. et des tortues !
Un presque polar léger, comme tout bon polar symbole d’une certaine réalité et miroir de son présent. Une œuvre, une fiction certes mais qu’évite pas les points sensibles telle la situation économique désastreuse pour certains qui n’ont que la rue ou les mœurs entre traditionnalisme et modernité...le futur est en route gaffe à ne pas se tromper de chemin !
Bref j’ai plus qu’apprécié cette petite escapade In Casablanca/Negra ..et ce délicat fumet de Tajine....Délicious !
AFRIK.COM "..Leurs emmerdes, leurs peurs, leurs égarements sont filmés avec délicatesse et une géniale esthétique photographique par le réalisateur marocain Nour-Eddine Lakhmari. Le cinéaste a su créer une atmosphère unique dans son deuxième long métrage, subtil mélange de thriller et de drame social, dont Casablanca est aussi un personnage à part entière. Lakhmari la montre dans une lumière blafarde à l’aube, scrute ses ruelles sombres où des petits drames ordinaires se déroulent..."
Excessif.Com "..La jeunesse marocaine fait ainsi front à la misère, au manque de travail mais aussi au manque de perspectives en choisissant la voie du vol ou de la malhonnêteté, non pas par choix idéologique mais par obligation de survie. Et lorsque le parrain du coin s'intéresse à eux, les deux jeunes hommes réagissent différemment. Adil, plus sage et mieux cultivé, comprend que s'associer avec le malfrat c'est s'associer avec le diable et que tôt ou tard cela se retournera contre eux. Karim au contraire ne voit que l'argent facile qu'il leur propose. Pourtant cet univers va se révéler violent et dangereux. Adil et Karim n'ont pas vraiment l'étoffe de malfrats et seules leurs préoccupations envers leur famille les font marcher sur un terrain miné. .."
CritiKat.Com "...C’était une bonne idée de partir d’un constat – la sclérose de jeunes Marocains à Casablanca, l’envie de partir, le rêve de la grande vie – et de ne pas suivre le chemin du drame social, patiné à force d’être emprunté. Casanegra, dès le générique où les longues façades qui surplombent la nuit calme sont enveloppées d’une trompette Burmanienne, s’affiche comme un polar très noir. De fait littéralement (il y fait presque toujours sombre et étouffant), et heureusement, car seule la nuit échappe parfois au ridicule qui imprègne chaque parcelle du film..."
Le Monde.Fr - "Casanegra" : Casablanca à la sauce noire

26 octobre 2009

Le Ruban blanc - De Michael Haneke


Le Ruban blanc
(Das weiße Band − Eine deutsche Kindergeschichte)
De Michael Haneke
Avec Christian Friedel (l’instituteur), Ernst Jacobi (le narrateur : l’instituteur âgé), Leonie Benesch (Eva), Ulrich Tukur (le Baron), Ursina Lardi (Marie-Louise, la Baronne)...

Palme d’or Festival de Cannes 2009
Synopsis
Un village de l'Allemagne du Nord protestante.
1913/1914. A la veille de la première guerre mondiale.
L'histoire des enfants et adolescents d'une chorale dirigée par l'instituteur du village, leurs familles : le baron, le régisseur, le pasteur, le médecin, la sage-femme, les paysans.
D'étranges accidents surviennent et prennent peu à peu le caractère d'un rituel punitif.
Qui se cache derrière tout cela ?
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Le Ruban Blanc
Ce pourrait être un village comme tant d’autres. Un bourg érigé autour d’une hiérarchie sociale assez classique, une bourgade du début du siècle dernier, tout en haut le château et le baron et sa famille, propriétaire des terres et donc un peu des hommes, un cran plus bas, l’autorité religieuse, nous sommes dans un fief protestant, nous retrouvons donc le pasteur et sa famille, il mène celle-ci à la baguette, au propre comme au figuré, les lois du seigneur sont ici sources de souffrances . Bien sur ce tableau serait incomplet sans la présence du médecin, garant de la santé publique en quelque sorte, celui-ci ouvre d’ailleurs le bal, première victime des incidents qui durant quelques mois vont secouer, ébranler cette communauté. Surgissant ici et là sans que l’on puisse répondre véritablement aux charades posées, les épreuves s’abattent tant et aussi soudainement qu’une pluie d’orage, sur ce paysage pourtant nimbé d’une lumière vive résultat d’un soleil à la luminosité éclatante.
Du docteur manquant se briser le coup, son cheval trébuchant sur une cordelette tendue entre deux arbres, au paysan perdant son épouse dans un étrange accident, de l’enfant disparaissant mystérieusement, retrouvé ligoté atteint dans sa chair, au jeune infirme littéralement torturé le climat se plombe.
Il ne régnait pas ici à vrai dire une ambiance de réelle insouciance, ce village tenu dans une véritable dépendance féodale, les uns pliant sous le joug des autres, le tout écrasé sous le poids du péché pour lequel il faut sans cesse payer, dans le meilleur des cas lutter encore et encore, voila ce que vous apprend l’église dès votre plus jeune âge .
Les enfants du pasteur vivent ainsi sous un joug étouffant, coup de badines, contentions nocturnes pour lutter contre les pulsions impures et ce fameux ruban blanc à porter en évidence, non pas en signe de pureté mais bien pour vous rappeler quel est le chemin pour tendre vers celle-ci !
Ainsi va la vie dans ce bourg de plus en plus malsain, et sous la tension générale qui empire à chaque nouvel incident, est-ce les esprits exacerbés qui laissent échapper tout ou partie de ce que le fruit a de pourri : amant et maitresse s’envoient des mots orduriers à la figure, l’autorité parentale prend des allures de viol, la violence gronde et bouillonne dans les veines.
Si l’instituteur, le narrateur de notre histoire, explore ses souvenirs et avoue parfois quelques lacunes, il s’avère être tout aussi inefficace pour résoudre la succession de faits qui empoissonne l’existence des villageois ! Tout à son histoire d’amour il attend sa future promise, un chaste baiser comme unique gage !
Michael Haneke crée un film en noir et blanc pourtant éclairé d’une lumière, celle venu des champs de pailles, des blés encore sur pieds et aussi des alignements de choux, peut-être la seule scène de révolte contre un ordre établi réside-elle dans le massacre de cette culture ?
Si l’action se situe à la veille d’un conflit mondial, le réalisateur nous interpelle, en ce sens il pose des jalons pour d’éventuelles questions, et l’ensemble alors acquiert une dimension qui se joue des frontières.
Haines, conflits et guerres résultats d’anciennes séquelles, manquements affectifs perpétués, peut-être. Résultats de jalousie, de sentiment d’inégalité certainement !
Une scène parmi tant, un enfant, ruban blanc stigmatisant, visage fermé, dur sur lequel roulent deux larmes, souffrances rentrées pour combien de haine alors emmagasinée !
Quatre jours se sont écoulés, le temps de laisser ce film macérer dans mon esprit, période nécessaire, suffisante non, il continuera de m’habiter encore quelques temps, non pas comme quelque chose d’agréable mais bien comme une œuvre riche et complexe, je disais interrogative ! Oui dés la sortie de salle et encore plus après !
Voila une occasion de retrouver avec plaisir Ulrich Tukur (Séraphine, La vie des autres) au sein d’un casting parfait, les comédiens les plus jeunes sont impressionnants de justesse, certainement très bien dirigés également. Enfin cette photographie qui sublime acteurs et paysages, un quasi noir et blanc, la couleur légèrement altérée du passé, un grain magnifique! Michael Haneke a soigné son travail ! Bravo !
Le Ruban Blanc - Site Officiel

Excessif.Com "...Le film a par conséquent les qualités de ses défauts : un manque évident d'émotion. En usant plus d'ambiguïté que d'un sermon moralisateur, Haneke tient à ausculter comme dans un laboratoire une société archaïque qui s'empêtre dans un puritanisme mortifère et assène des principes d'éducation réactionnaires. En opposition aux doutes existentiels des enfants sur la mort et l'existence de Dieu, les adultes perpétuent une tradition de non-dit héritée de leurs parents, adossant un mutisme réprobateur et une fin de non-recevoir.On le voit à travers le couple formé par l'instituteur et sa blonde virginale : l'amour y est presque toujours perçu comme un sentiment dangereux, voire impur, une espèce de prolongement du péché originel qu'il faut sanctionner, soit en brisant les ailes des jeunes amoureux, soit en réprimant les fauteurs de troubles. A la fin, ce sont les enfants qui payent pour l'hypocrisie du village. A charge de revanche, ils peuvent eux aussi se révéler encore plus monstrueux que leurs ancêtres..."
CritiKat.Com "...Des épisodes violents dont on ne parvient pas à identifier les responsables viennent perturber le labeur quotidien et instaurer un climat d’inquiétude. Violence psychologique et violence physique s’installent alors sur le terreau fertile de ce village en se nourrissant mutuellement. Haneke montre ainsi comment le désir absolu de pureté et de droiture (représenté dans le film par l’éducation puritaine et symbolisé par le ruban blanc du titre) ne peut engendrer que le noir le plus sombre de la violence.." &"..La fameuse stratégie de distanciation du cinéaste autrichien – qui est souvent décrite comme étant destinée à détacher le spectateur de l’histoire afin de provoquer sa réflexion – est encore à l’œuvre dans Le Ruban blanc : Haneke y choisit de ne pas identifier formellement les criminels et de conserver la violence physique hors champ. Mais ce procédé a pour effet collatéral de nous tenir à distance du cœur du problème : la genèse de la violence. On aimerait pourtant l’ausculter, s’approcher de ce moment où tout bascule, appréhender les âmes au plus près. Mais, bien plus que les individus, ce sont les systèmes, les concepts, les messages qui semblent intéresser Haneke..."
Le Monde.Fr - "Le Ruban blanc" : violence et boucles blondes dans l'Allemagne puritaine

INTERVIEW MICHAEL HANEKE : LE VESTIGE DU MAL ( Excessif.Com )
"...Si on érige en absolu un principe ou un idéal, qu'il soit politique ou religieux, il devient inhumain et mène au terrorisme. C'est le but du film : choisir l'exemple le plus connu pour parler de l'idéalisme perverti, de ce qui passe aujourd'hui. L'idée du communisme est belle mais, dès que ça devient une idéologie, ça devient dangereux parce qu'elle désigne un ennemi : tous ceux qui ne soutiennent pas cette idéologie deviennent nuisibles. D'ailleurs, au départ, j'avais envisagé comme titre «La main droite de Dieu», car les enfants du film appliquent à la lettre ces idéaux et châtient ceux qui ne les partagent pas totalement. Dans Le ruban blanc, ce ne sont pas les parents qui sont punis pour leurs crimes mais ce sont les plus faibles auxquels on s'attaque pour punir les coupables. Comme dans la scène avec l'enfant handicapé qui se fait torturer..."

25 octobre 2009

Sin Nombre - De Cary Joji Fukunaga


SIN NOMBRE
Un film de Cary Joji Fukunaga

Avec Paulina Gaitan, Edgar Flores, Kristyan Ferrer, Tenoch Huerta Meija

Prix du Jury du Festival du cinéma américain de Deauville 2009


Synopsis

Au Honduras, la jeune Sayra retrouve son père après une longue séparation. Elle va enfin réaliser son rêve, émigrer avec lui et son oncle aux Etats-Unis.
Au Mexique, Casper est membre de la 'Mara', l'un des terribles gangs d'Amérique centrale. Pour venger la mort de sa fiancée, il tue un chef de bande et prend la fuite.
Sur le toit du train qui file vers le Nord, entourés de centaines de candidats à l'émigration, Sayra et Casper se rencontrent. Il fuit son passé criminel, elle espère un avenir meilleur : parviendront-ils à échapper ensemble à leur destin et à franchir la frontière ?
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Dans le documentaire la Vida Loca, la violence régnant autour et au sein des Maras n’était que suggéré, bien présente mais les meurtres successifs nous parvenaient juste au son du canon et des larmes ensuite versées sur des cercueils qu’occupaient de trop jeunes membres du gang ! Le film s’attachait plus au quotidien allant jusqu’à essayer de trouver un semblant de positif, boulangerie coopérative, l’attachement au noyau familial autant qu’à la famille, la Mara, La 18 !
Toujours au Honduras, une autre Mara, ici d’emblée ne nous sont pas épargné les scènes violentes et cruelles, inutiles, ce que nous n’avions pu voir nous pouvions aisément l‘imaginer !
Quand Casper, ivre de douleur et avide de vengeance, profitant d’une occasion qui lui est offerte abat froidement et sans état d’âme le chef du gang, sous les yeux ébahis des réfugiés, candidats à l’exode, en route pour le Mexique, sur le toit de ce train.
Casper vient de sauver, d’une agression ignoble, la jeune Sayra . De ce sauvetage qui tient plus du règlement de compte va petit à petit s’instaurer entre les deux jeunes gens, une forme de confiance, de confidence.


Entre celle qui aspire à un ailleurs et celui qui se sait par avance perdu, va s’instaurer une relation de confiance….Et fait important s’il en ait l’occasion pour Casper d’une rédemption magnifique.
Certainement moins pointu sur le volet des Maras, le film se double d’une intéressante rencontre entre deux personnages. Le tout sur fond d’un terrible et éprouvant périple, cette traversée du Mexique pour gagner la frontière américaine.
Et c’est un somptueux cadeau qu’offre alors Casper à Sayra ..
Et un joli bras d’honneur aux puissantes Mara et leur réseau tentaculaire, du moins telles qu’elles nous sont ici présentées !


Cary Joji Fukunaga exploite les paysages, ceux traversés lors de cette émigration, Ils sont variés et sublimes. Il dirige aussi une flopée d’acteurs, des figurants incarnant les candidats à l’exode, aux membres des Maras, il pousse même le jeu jusqu’à organiser une explosive rencontre entre les deux Maras…et quand l’une est sur le territoire de l’autre, les balles sifflent..!
Voilou ayant vu les deux films, exigeant et crucial documentaire d’abord puis cette remarquable fiction, on ne peut alors que les trouver complémentaires !
Excessif.Com "...Là où le film reprend ses droits, c'est dans le parallèle entre les déboires sanguinolents de Casper et le départ de la jeune hondurienne, Sayra, sac au dos, accompagnée de son père et de son frère, le coeur plein de détermination pour atteindre les Etats-Unis puis le New Jersey. Cary Joji Fukunaga tient là le noeud de son sujet, le voyage, ce trajet peut-être annoncé par le tout premier plan du film, un chemin, dans une forêt automnale. C'est le paysage en face de Casper. Il ne s'agit que d'un poster, d'un mur clos. .."
Evene.Fr "..Quelques semaines après le documentaire de Christian Poveda, 'La Vida loca', Cary Fukunaga s'intéresse à son tour à la Mara...La réussite de Cary Fukunaga tient en cette division en deux parties, l'une consacrée aux gangs, l'autre à l'émigration, parfaitement unifiées par l'opposition entre la violence et le désir d'ailleurs. Sur le toit d'un train, les destins des candidats à l'immigration de toute l'Amérique latine se croisent. On ne sait rien de chacun. Simplement leur condition collective : même s'ils sont soumis au danger, à la violence des pilleurs, l'espoir les tient debout, prêts à vivre une nouvelle vie..."
Le Monde.Fr - "Sin Nombre" : Hollywood au pays des maras

23 octobre 2009

La Vida Loca - De Christian Poveda ( documentaire)


La Vida Loca
Un film mexicain, français, espagnol
De Christian Poveda(R.I.P)
( documentaire) .

Documentaire
On les appelle les Maras. Construits sur le modèle des gangs de Los Angeles, ces groupes de jeunes sèment la terreur dans toute l'Amérique Centrale. Plongée dans les banlieues de San Salvador dans le quotidien des membres d'une armée invisible. Nouveau fléau mondial qui détruit par la violence aveugle les principes démocratiques et condamne à mort une jeunesse privée de tout espoir d'avenir.
Dans les banlieues de San Salvador, la violence et la mort font partie du paysage local. Issus des gangs de Los Angeles, les Maras sèment la terreur et se vouent une haine implacable entre clans. Pendant une année, Christian Poveda a suivi les Maras 18.
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Ils appartiennent à La Mara, la 18 plus précisément ! Là-dessus pas de risque de se tromper garçons comme filles portent pour la plupart le nombre 18 tatoué le plus souvent de la façon la plus ostentatoire possible, sur le visage, le tatouage recouvrant parfois quasi entièrement celui-ci !
La Mara, la 18 leur tient bien souvent lieu de père et mère, leurs frères et sœurs sont ces compagnons de misère et en quelque sorte leur compagnons d’armes, ils survivent, on le devine sans que cela ne soit pourtant implicitement démontré, le reporter a du se voir poser certaines barrières à ne pas franchir. Où plus intelligemment a-t-il choisi de s’intéresser au quotidien, étonnant cocktail de misère, de ferveur religieuse et des conséquences d’une violence inter-gangs!
Tout en suivant quelques uns des personnages choisis, une jeune mère et son enfant et sa propre recherche pour trouver celle qui l’a mise au monde, une autre jeune femme, un œil clos emporté par une balle perdue, et qui chemine sur le chemin et l’espoir entrevu de retrouver un brin de coquetterie grâce à une prothèse oculaire. Ces hommes enfin qui viennent de monter leur boulangerie, communautaire, le pain fait par et pour la mara, un projet quasi social pourtant bien souvent contrarié par les incessantes descentes de police, une véritable escouade de l’armée en fait. Les locataires de la mara 18 effectuent ainsi de fréquents allers retours derrière les barreaux des postes de police, quand il ne s’agit pas de séjours plus longs. Un moindre mal quand on y pense , quand on assiste aux funérailles fréquentes qui réunissent le clan, pleurs et promesses de vengeance vis-à-vis du gang ennemi.
Alors que Christian Poveda déroule son documentaire avec respect et pudeur, s’intéressant aux hommes et femmes, occultant le volet de L’ultra violence, nous rappelant juste celle-ci à intervalles réguliers, quand dans l’obscurité résonnent deux claquements secs, vous tressaillez sur votre siège, et c’est un visage que vous venez à peine de connaitre qui vient de rendre l’âme, terrible !
Un présent peu reluisant, un avenir plus que incertain, pour un soir, une après midi on se réunit, on fête un anniversaire, ici un de plus c’est déjà beaucoup, alcool et défonce, sexe et drogue,avant de peut-être partir en expédition ..Mais là c’est moi qui extrapole !
Christian Poveda s’attache aux êtres humains qu’il a rencontré, réussir à être accepté pendant plus d’un an , à imposer la présence parfois intrusive d’une caméra est en soit un exploit. Il fallait un sacré courage, une conception sacré du métier !
Malheureusement il n’a pu éviter le faux pas et cette fin tragique qui fut la sienne, rejoignant ainsi la quasi totalité des jeunes rencontrés ! La mort précoce au détour d’un chemin !
Excessif.Com "..Le vrai sujet du film pour le réalisateur est la solitude humaine. Une solitude qui les pousse à entrer dans le gang très jeune pour y trouver une famille, qui les poursuit pendant leur courte existence face aux épreuves difficiles, et qui vient brusquement les achever lorsqu'on les retrouve étendus au coin d'une rue. « Tôt ou tard, c'est l'hôpital, la prison, ou le trou ». Chacun d'eux en est conscient. De cette idée découle une structure en spirale qui nous enfonce à chaque mort un peu plus profondément dans le cauchemar quotidien de ces gens qui sont voués à perdre leurs proches un par un, la plupart du temps sans aucune raison, entraînant des réactions en chaîne sans fin. La scène finale, qui remonte aux rites de passage, montre à quel point la violence a perdu tout son sens, devenant un jeu presque banal et naturel dans la vie des enfants. .."
CritiKat.Com "...« Ne chantez pas la mort, c’est un sujet morbide » se moquait Ferré. La Vida Loca chante pourtant la mort : non seulement la mort dans les rues salvadoriennes pour les membres de Maras, les gangs locaux, mais aussi, à son corps défendant, la mort de Christian Poveda, son réalisateur, assassiné par les membres de ces gangs qu’il avait approchés. Comment aborder un film entouré d’une telle aura morbide, comment conserver un esprit critique lorsque l’auteur d’une œuvre s’est transformé en martyr ?.."
Le Monde.Fr - "La Vida loca" : assassinés au Salvador

22 octobre 2009

Mademoiselle Chambon - De Stéphane Brizé


Mademoiselle Chambon
De Stéphane Brizé

D'après le roman d’Eric Holder

Avec Vincent Lindon (Jean), Sandrine Kiberlain (Véronique Chambon), Aure Atika (Anne-Marie), Jean-Marc Thibault (le père de Jean), Arthur Le Houérou (Jérémy)..

Synopsis
Jean est maçon.
C'est quelqu'un de bien : un bon mari, un bon père, un bon fils.
Et puis un jour, il croise Mademoiselle Chambon, l'institutrice de son fils.
Il est un homme de peu de mots, elle vient d'un monde différent.
Jean ne devine pas à quel point cette rencontre va bouleverser sa vie.
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Il suffit d’un regard, de quelques gestes lents et hésitants, d’une absence de mots ! L’amour est une alchimie, une équation qui ne se résout pas, mieux encore qui ne se pose pas, il advient point à la ligne !
Après avoir confronté, dans un cours de tango, un huissier de justice et sa cavalière (Patrick Chesnais et Anne Consigny) aux vents de Cupidon dans" Je ne suis pas là pour être aimé ", Stéphane Brizé réalise une autre histoire d’amour impossible, soumettant cette fois Vincent Lindon, heureux père de famille à la grâce fragile de Sandrine Kiberlain.
De rencontres inévitables à souhaitées avec l’institutrice de son fils, Mademoiselle Chambon envahit l’esprit de Jean, bouleverse sa vie !
Le talent du réalisateur allié à celui des deux comédiens, fait merveille ! Apte à rendre sincère cette minuscule tension, dans le silence, aux travers des images il nous semble entendre les battements de ces deux cœurs qui soudain cognent un peu plus vite.


Avec parcimonie, sans grande démonstration, à l’aide de petits riens : un air de violon, des disques que l’on se prête, l’application que l’on met à changer une fenêtre (et oui ..) , le temps que l’on prend pour regarder l’autre, avec tous ces petits bouts de vie, d’envie, d’intérêts pour l’autre Stéphane Brizé nous amène au cœur de l’amour qui vient de frapper. Il le fait avec pudeur et une évidente tendresse pour ses personnages, de la solitaire institutrice prête à revoir sa copie, au mari prêt à tout larguer, mais le peut-il vraiment ? Abandonner femme et enfant, cette épouse jusque là parfaite, Aure Atika l’incarne à merveille, il lui suffit de capter un regard de son époux posé sur l’institutrice pour d’instinct et aussi car l’amour y est trop criant, comprendre !
Laisser aussi son père( Jean-Marc Thibault) qu’il entoure de tant d’attentions, l’aidant à sa toilette, ou l’accompagnant à sa demande aux pompes funèbres régler le futur de celui qui n’en aura plus .Un thème presque récurrent chez le réalisateur, déjà l’huissier de « Je ne suis pas là pour être aimé » se heurtait de façon plus austère à son ascendant. Ici rien de tout cela l’amour filial ne se cache pas !
Au final, de par la finesse de son écriture, de par la qualité de son interprétation, lui un peu massif, épais mais tendre et fondant, elle, Sandrine, que de grâce déployée, oui subjugué je fus devant tant de beauté, de simplicité et..de grains de Beauté !
Voilou je ne vous ai pas tout dit, loin s’en faut, je n’ai quasi rien dévoilé, à vous d’aller y regarder !

Et me vient à la mémoire
"..Alors, aux soirs de lassitude
Tout en peuplant sa solitude
Des fantômes du souvenir
On pleure les lèvres absentes
De toutes ces belles passantes
Que l'on n'a pas su retenir..."
Antoine Pol (1888-1971)
repris par Georges Brassens


Excessif.Com "..Le propos du film est simple : les sentiments sont une évidence qu'il ne faut pas nier. Au-delà des apparences, des carcans familiaux et sociaux, des différences, les sentiments surgissent parfois là où on ne les attend pas. C'est le cas de ceux que vont partager Jean et Véronique....Et c'est cette relation naissante, adolescente et tout à fait innocente qui intéresse le cinéaste. Leurs mondes respectifs s'estompent et c'est au détour d'un service rendu, de l'écoute d'un morceau de violon, d'une nuque dégagée de ses cheveux que Brizé écrit les vers d'une union douce et délicate..."
CritiKat.Com "Les histoires d’amour ratées font parfois les grands films : Mademoiselle Chambon se place avec humilité dans la lignée d’un Sur la route de Madison, sans la classe crépusculaire de Eastwood mais avec deux atouts de taille : Lindon et Kiberlain, renversants....Mademoiselle Chambon, c’est donc la rencontre entre un ouvrier en bâtiment, marié avec enfant, qui rencontre une institutrice célibataire et va en tomber amoureux, sans crier gare. Le sentiment, réciproque, ne facilite pas les choses pour autant : Mademoiselle Chambon est la chronique d’un rendez-vous sans cesse manqué, et d’autant plus bouleversant. ....Le talent d’écriture de Brizé, qui fait peu parler ses personnages, mais bien, n’a d’égal que son talent pour mettre en scène le silence − et tout ce qui l’accompagne : le malaise, la honte, la timidité, la peine, la peur... Surtout, le cinéaste filme ses personnages dans leur quotidien en évitant soigneusement toute dramatisation excessive.."
Le Monde.Fr - "Mademoiselle Chambon" : deux amoureux qui oscillent au bord du gouffre

17 octobre 2009

Rien De Personnel - De Mathias Gokalp


RIEN DE PERSONNEL
Un film de Mathias Gokalp

Avec Jean-Pierre Darroussin (Bruno Couffe), Denis Podalydès (Gilles Bergerat), Mélanie Doutey et Dimitri Storoge (le couple Gauthier-Stevens), Pascal Greggory (Philippe Müller), Bouli Lanners (Pierrick Barbieri), Zabou Breitman (Christine Barbieri).

Synopsis
La société Muller organise une réception à l'occasion du lancement d'un nouveau produit. Au cours de la soirée, on découvre qu'il s'agit en réalité d'un exercice de coaching pour les cadres de l'entreprise. Progressivement, les rumeurs sur le rachat prochain de la société vont bon train et chacun se retrouve à tenter de sauver sa place.
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Rien de personnel
Béni soit la programmation pas franchement excitante ce jour là qui m’a poussé vers ce film , déjà en seconde ou troisième semaine ! De fait j’avais la grande salle du Métropole pour une séance de jour tout ce qu’il y a de plus privé !
Et j’oubliais bien vite l’absence de voisins, pour me laisser happer littéralement par l’ambiance étrange et formidable de ce premier film de Mathias Gokalp !
Au cœur de ce château entre guillemets, où de légères douceurs, champagne et petits fours accueillent tout le gratin, cadres et assimilés de la société Muller se prépare en fait un drôle d’exercice, une étrange comédie ! Un jeu bizarre où certains détiennent quelques clés, où d’autres croient en détenir d’autres et où les individus ne sont pas toujours vraiment ce qu’ils prétendent être !
Les mises en bouche avalée, dans les coulisses, dans les toilettes pour hommes un Jean-Pierre Darroussin répète son texte tel un employé mort de peur et se refait nouer sa cravate par un homme de ménage dévolu à la soirée. La soirée peut démarrer, tel un jeu de rôle où alternent coachs et examinateurs et candidats ! Discuter convaincre, résister, quand les uns cherchent à déstabiliser les autres ne doivent pas fléchir !
Mais les recettes des uns sont fortiches, et les nerfs des uns et des unes plus que fragiles.
Mathias Gokalp va nous livrer un petit bijou, optant pour une construction narrative des plus audacieuses. Passé ce premier volet, les présentations, les règles basiques du jeu, nous reprenons au début, la même scène, Darroussin et le nouage de cravate, quelques mots de plus, quelques explications aussi, et la situation sur ce qui se trame ici commence à prendre forme. Et là vous voila appâté, ferré. D’autant plus que la mise en scène est sublime, nous recroisons les mêmes personnes, sous un angle différent, des brides de conversations se font plus précises, plus évocatrices. Darroussin encore lui, se livre à un numéro directement issu du cabaret et à son coté Denis Podalydès en syndicaliste bienveillant compatit et se démène !
Et puis y a aussi tant et tant d’autres personnages, aussi important dans le montage de cette tragi-comédie, au commande de la soirée Zabou Breitman accompagné de son époux, véridique et imposant Bouli Lanners amoureux et pourtant profondément triste ! Et puis ce jeune couple arriviste Mélanie Doutey et Dimitri Storoge, il est arrivé, elle doit faire ses preuves.
Et puis circule comme « une rumeur », une information sur une restructuration de l’entreprise, pour ne pas dire dégraissage du personnel et j’en passe !
Trois fois nous reprenons le cours de l’histoire, trois fois la réalité change d’apparence, comme notre homme de ménage, « Charlie Chaplin »tombé du ciel, étranger accueilli au destin bien surprenant, ou le pouvoir d’un costume , comme un roi dans un jeu de fou il se déplace, se fait peu remarquer et occupe la place du prince !
Ce sage et son message qui tel un roi mage il apportera, étrange nouvelle, tombée du ciel ou d’un carrosse des temps modernes, un mystérieux classeur synonyme de liberté et de contre pouvoir !

Oui je vous le redis ce film est à la fois grave, mais également jubilatoire, de tant de maitrise, de par l’interprétation magique de cet exceptionnel casting !
A Voir, Absolument!

Chez Lo :"A malin, malin et demi. Et à malin et demi, malin trois-quarts... Un scenario ingénieux!
Excessif.Com "...Rien de personnel se révèle être une oeuvre satirique particulièrement incisive, et dirigée de mains de maître par un cinéaste très inspiré..."
CritiKat.Com "...La situation du spectateur épouse en quelque sorte celle des protagonistes. En déficit d’informations, il doit découvrir et débusquer les faux-semblants et autres chausse-trappes. Dans Rien de personnel, la narration bégaie et décrit trois cercles concentriques qui vont en s’élargissant à partir d’un même point de départ que constitue le début de la soirée. Le premier de ces cercles présente un rapide aperçu d’une dizaine de minutes, en trompe-l’œil, des évènements. Le second donne accès à d’autres dimensions, en variant les points de vue. Et le troisième plus encore, il fait aussi office de dénouement. Les notions de manipulés et manipulateurs, dominés et dominants, victimes et bourreaux se déplacent, varient. Plus que de manipulation, il convient plutôt de parler de casse-tête amical pour le spectateur. Ainsi Mathias Gokalp explique-t-il avec pertinence : « je n’aime pas trop l’idée de manipulation ; il y a des retournements, des rebondissements […], mais une fois passées les dix premières minutes du film, le spectateur est bien averti que toute image est douteuse. S’il est manipulé, c’est dans un sens noble, parce qu’il accepte le jeu qu’on lui propose. » Si le regard est caustique et pessimiste, il évite toutefois le cynisme. Chacun tente de sauver sa peau, non parce que l’homme est vil et veule, mais en raison d’un système tout à fait pervers, dont les individus sont captifs..."
Le Monde.Fr - "Rien de personnel" : comédie de dupes en entreprise

14 octobre 2009

KATALIN VARGA - De Peter Strickland


KATALIN VARGA
Un film de Peter Strickland

Avec Hilda Péter (Katalin Varga), Tibor Pálffy (Antal Borlan), Norbert Tankó (Orbán Varga), Melinda Kántor (Etelka Borlan)...
(Hongrie-Roumanie)

Ours d'argent à Berlin 2009

Synopsis
Il suffit d’une indiscrétion pour jeter sur le pavé Katalin Varga et son fils Orbán. Reniée par son époux et montrée du doigt dans le village, la jeune femme s’enfuit avec lui en charrette et s’engage dans un périple incertain.
Voilà onze ans que Katalin n’a pas repris les routes de Transylvanie. Elle n’a pourtant rien oublié. Au fil du trajet, les paysages se font inquiétants et les autochtones plus méfiants. Mais Katalin s’entête parce qu’au bout du voyage l’attendent un passé et la possibilité d’une Rédemption…
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Ce curieux voyage au sein des Carpates à travers monts et vaux de Transylvanie est l’œuvre d’un cinéaste anglais Peter Strickland qui signe ici son premier long métrage.
Totalement étranger à la région, ce dernier crée un film au climat envoutant, totalement imprégné d’un parfum étrange, fruit des lieux et leurs occupants.
Sur un scénario assez minimaliste mais efficace, avec peu de moyens mais pourvu de deux atouts gigantesques, premièrement les lieux, paysages magiques, infinis, vallonnés, le regard embrasse l’horizon, pour soudain s’arrêter, se heurter à l’orée d’une foret, laissant l’obscurité assombrir le décor , la tension s’installer et l’angoisse monter ! Secondement l’interprétation, en général, et en particulier celle de Hilda Péter, formidable Katalin Varga, femme mère ferme et déterminée, femme doublement marquée, par le passé qui vient de la relancer dans son présent et ne lui laissant d’autre choix que d’affronter les deux ! Sur les routes avec son fils, pièce maitresse bien qu’innocente de ce jeu, ce règlement de compte cruel avec le passé !


Ce premier film s’avère captivant, j’ai envie de dire « capturant », car son atmosphère si particulière vous enveloppe, dégage une aura magnétique. A la limite du surnaturel, car à fond dans le réel avec sa galerie de personnages, parfois inquiétants et quand Katalin croisera de nouveau la route de ses anciens « tourments » le film prendra alors une autre allure, sanglante vengeance ou plus redoutable encore, insidieuse, jouissive pour Katalin qui savoure le fait de tenir sa proie comme le chat joue avec la souris…
Mais là encore le destin est sinueux, question cinéma il est des scènes à retenir, de la barque glissant sur l’eau, légère mais lourde de sentiments, aveugle confiance, peur muette et satisfaction , trois états d’âme pour trois acteurs ! Quand une vie s’échappe au pied d’un arbre, perdu au milieu d’un champ de fleur noyé de soleil !
Jusqu’à l’acte final, dernier caprice de la destinée, et champ ouvert à notre imaginaire pour poursuivre une histoire filiale !
Peter Strickland ne choisit pas la facilité et habille son histoire d’un voile surréaliste plus exactement naturaliste, brillant et excitant !
Quand en plus pour répondre à la majesté de la nature la bande son s'en inspire, rajoutant à l’impression angoissante le film culmine, cette même partition qui vaudra au film Un Ours d'argent de la plus remarquable contribution artistique à Gabor Erdély et Tamas Székely pour la bande sonore de Katalin Varga !

Excessif.Com "...Il prend également le temps d'introduire des personnages opaques dont les visages restent fermés et se nourrit de leur ambiguïté pour capter l'instinct de survie face à des situations effroyables. Les acteurs, dont Hilda Peter en chaperon dévoré et Tibor Palffy en monstre humain, incarnent au sens propre cet exercice difficile. La bande-sonore, composée par des fidèles de Béla Tarr et récompensée au dernier festival de Berlin, repose sur une alchimie de bruits de la nature, d'échos d'une rumeur lointaine, de sons stridents et de cris étouffés. Lors de la scène finale, radicale à l'image de tout ce qui a précédé, un frisson traverse littéralement l'écran..."

CritiKat.Com "...On notera le jeu déterminé et fiévreux de Hilda Péter dans le rôle principal, saisi dans de nombreux gros plans. De dos, de face comme de profil, la maîtrise des expressions du corps et des émotions est évidente pour cette débutante venue de la scène théâtrale hongroise. Si elle est redondante, la captation de la nature − sons, couleurs (notamment le jeu sur la palette des verts) et textures − parvient parfois à se placer dans l’ordre de la sensation...."
Evene.Fr "..Brumeux, onirique, intemporel, le premier long de Peter Strickland fait l’effet d’un bad trip filmé. D’un véritable cauchemar éveillé. Forêts obscures, visages clos, bande sonore criarde et lancinante : l’expédition punitive de Katalin Varga, jeune femme autrefois abusée sexuellement, se ressent plus qu’elle ne se raconte......A diluer les contours qui séparent le bourreau de la victime. Tour de force délicat qui permet au film d’évincer tout manichéisme, et de se consacrer à une juste description des conséquences d’une violence omniprésente. Soutenu par des interprètes énergiques et lumineux, ‘Katalin Varga’ remporte dans l’ensemble son pari initial : “atteindre des lieux où une caméra ne pourrait pas rationnellement s’aventurer”..."
Le Monde.Fr - "Katalin Varga" : vendetta dans les Carpates

06 octobre 2009

Je suis heureux que ma mère soit vivante - de Claude & Nathan Miller


Je suis heureux que ma mère soit vivante

Réalisation de Claude Miller & Nathan Miller
Avec Vincent Rottiers (Thomas), Sophie Cattani (Julie Martino), Christine Citti (Annie Jouvet), Yves Verhoeven (Yves Jouvet). ...

Synopsis
A quatre ans, Thomas est abandonné par sa mère Julie. Aux côtés de son très jeune frère Patrick, ils entameront une nouvelle vie auprès de parents adoptifs qui rebaptisent Patrick en François. Mais Thomas n'est pas heureux, il pense toujours à sa mère biologique dont le souvenir, qui s'estompe avec les années, reste vivace. A douze ans il fugue de son internat pour se renseigner auprès des institutions sociales et retrouve la trace de Julie. Devenu jeune homme, Thomas décide de franchir le pas et frappe à la porte de celle qui l'a enfanté. Thomas et Julie renoue alors des rapports étranges, mêlés d'affection et de considération mais aussi de gêne et de non-dits. Thomas entame alors une double vie qui va peu à peu glisser vers le drame...
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Quand Thomas part à la recherche de sa mère biologique, celle-là même qui l’a abandonne lui et son jeune frère, confiant à un institut le soin de veiller à leur adoption. Quand celui-ci obtient finalement ce renseignement, quand après une première approche il prend la fuite pour ne revenir que quelques temps plus tard. Jonglant alors sur les mensonges, auprès de sa famille adoptive pour expliquer ses absences, auprès de sa véritable mère pour se voir accorder le droit de résider sur place, faire connaissance de ce nouveau petit frère et surtout observer, radiographier cette mère inconnue .
Seule indication que la situation soit malsaine, ses mensonges, inutiles, à une jeune fille qui tente de lui venir en aide par exemple, Thomas prêtent être engagé avec quelqu’un, qui ? Fait il référence à sa mère ,
Cette Mère qui a eu cet enfant si jeune, que l’écart d’âge entre eux deux est minime ! Rajoutant à l’équivoque !
Quelle est la relation mère /fils exactement ? « J’ai mal à ma mère »,ce mélange d’amour et de haine sur lequel on n’arrive pas à mettre un nom, qui rend mal à l’aise, agressif et bien davantage !
Ce film peu démonstratif, avare en mots instaure un climat efficace! J’ai par ailleurs retrouvé là où vit la mère de Thomas, barre d’immeubles un peu de l’univers des films d’Andrea Arnold, climat social compris !
Sur l’ensemble du film, une construction linéaire nous conduit surement vers le drame qui surgit quand on ne l’attend pas, nous en étions même à le croire évitable ! mais un gamin devenu jeune homme n’a toujours pas saisi pourquoi il y a si longtemps on l’a abandonné et surtout manqué à cette promesse de revenir le chercher !
Voila Les Miller Père et fils livrent un film impressionnant car sobre et psychologiquement juste! Quand en plus le dit film est porte par deux acteurs, Sophie Cattani (Julie Martino la mère biologique) exhibant une fragilité cependant exempte de remords, et pour finir le jeune Vincent Rottiers (Thomas) ,exceptionnel !!! Ce regard pénétrant de celui qui cherche à pardonner et se heurte à sa propre incompréhension basculant alors dans l’impensable !
CritiKat.Com "..le film se situe plutôt dans l’exploration des soubassements psychologiques, ces rivières de fiel et de ressentiments qui purulent sous la croûte des apparences sociales. Ici et là, cet épiderme rigide craquèle, se fend… à l’improviste et à grands renforts de coulées de larmes et de sang. La grande qualité du film est de ne pas se placer avidement dans l’obscène de ces manifestations – il ne faut pas les nier mais les contextualiser – et préférer la vision périphérique à celle bien courte du spectacle-chaos permanent.
Au centre du cratère assoupi se dessine le portrait d’un jeune garçon, Thomas, dont on suit les mouvements d’humeur à trois époques fondamentales, au sortir de la petite enfance, à la pré-adolescence ébouriffée et à la vingtaine. Chaque passage brasse les difficultés de Thomas à assumer une double identité dont il prend peu à peu conscience, tiraillé entre sa famille adoptive et le souvenir confus de sa mère génétique dont il a partagé les atermoiements jusqu’à ses sept ans..."

Excessif.Com "...Je suis heureux que ma mère soit vivante, un film prenant, sensible, touchant avec comme cerise sur le gâteau une performance éclatante de Vincent Rottiers et de Sophie Cattani en enfant/parent complètement perdus..."
Le Monde.Fr - "Je suis heureux que ma mère soit vivante" : ce fils qui aime si fort sa mère indigne

05 octobre 2009

Mary and Max - Un film australien de Adam Elliot


Mary and Max

Un film australien de Adam Elliot

Avec Denis Podalydès, Jean-Claude Grumberg, Toni Collette, Philip Seymour Hoffman, Eric Bana ...
Genre : animation
Synopsis
Mary Daisy Dinkle est une petite australienne de huit ans qui vit dans la banlieue de Melbourne. Afin de fuir son quotidien morne et désenchanté, elle va se mettre à entretenir une correspondance avec un New-yorkais, Max Jerry Horovitz, un juif de 44 ans, obèse et atteint du syndrome d'Asperger. Ces deux solitaires vont s'écrire et confier ainsi leurs angoisses, leurs joies et leurs peines. De leurs échanges va naître une amitié qui deviendra un exutoire et un refuge.

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Une incroyable impression de relief rendue par l’usage de décors miniatures et de personnages en pate..(à modeler ?), par l’utilisation réduite à sa plus simple expression des couleurs. L’univers de Mary est couleurs noir et " Brown " comme la tache de naissance sur son visage, celui de Max, noir et gris à l’image de New-York et plus précisément de son appartement qu’il quitte assez rarement. La touche de couleur chez lui réside en sa kippa, rouge au sommet son crane ovoïde !
Si les idées de Mary sont celles d'une gamine de huit ans, pas vraiment gâtée par la vie, celle de Max sont un peu confuses, atteint d’une forme d’autisme assez rare, son comportement est parfois assez étrange. Il vit plus ou moins reclus, collectionne les poissons rouges, ceux-ci ayant tendance à mourir prématurément !


En faisant se rencontrer par le plus grand des hasards, par l’audace aussi, il faut le souligner, une gamine assez débrouillarde , une enfant curieuse et un adulte isolé. En créant un lien entre eux de la manière la plus simple qui soit, l’écriture, des échanges fréquents de courrier, où une fillette cherche à en savoir en peu plus sur le monde des adultes et aussi sur celui qui l’entoure, sa mère et sa passion pour le cherry, son isolement à l’école..etc. ..Quémandeuse de réponses elle en obtiendra, toujours assez originales, celles d’un esprit un peu bancal mais au fond tendre et bien attentionné.
Deux handicapés de la vie viennent de se rencontrer, foncièrement bons, et oui ils aiment tous deux le chocolat, chacun voit et décrit le monde qui l’entoure, tel qu’il le perçoit à l’autre. L’ensemble donne et crée bien sur un méli-mélo où alternent joies, franches rigolades, mais aussi où plane une légère inquiétude, la même que nous sommes amenées à ressentir un jour ou l’autre vis-à-vis de tel ou tel sujet. Mary et Max vont nous faire à leur manière, de façon un peu foutraque parfois les milles et un petit passage que nous avons du un jour emprunter dans notre vie. Quand Maladroit comme Max paniqué, l’angoisse ne nous a elle jamais paralysé. Quand comme Mary il fallut apprendre, se défendre (merci Max), trimer et même bien plus tard s’égarer sur le chemin du succès ! * Merci à FredMJG pour avoir corriger mes fautes d'orthographe !
Voila ces deux vies, leurs compagnons de fortune ou d’infortune, humains , aquatiques ou volatiles , longue correspondance, entrecoupé de silence, oui même les etres de silicone se payent des coups de blues, se passent la corde, au coup subissent des séances chez le psy et se voient administrer des antidépresseurs et autres électrochocs.
Bref de quoi nourrir une œuvre riche, de quoi nous faire sourire, nous serrer la gorge, nous attendrir et amener la larme au coin de l’œil, Le tout dans un style graphique éblouissant et magistralemennt maitrisé !
Voila je vous quitte, c’est l’heure d’aller me faire administrer quelques milliers de volts, mais je m’en fous, après on me file une barre de chocolat noir. ..and I Like It !
FredMJG : "Tant qu'il y aura des pompons [mary and Max] et
aussi "Trilogie familiale" et "Harvie Krumpet"

Excessif.Com "...La grande force du film vient aussi du parcours initiatique que va suivre chacun des deux protagonistes principaux. Le film se permet de dépasser la dimension épistolaire imposée par l'échange de lettres pour prendre beaucoup de recul et insuffler une dimension quasi onirique sur leur destin réciproque. On découvre un Max qui va être confronté à la vieillesse, tandis que Mary passera de l'enfance à l'adolescence, puis à l'âge adulte. Adam Elliot distille un humour noir et cynique d'où émerge une douce mélancolie qui aborde des sujets profonds et universels comme l'amitié et la sexualité, mais aussi l'alcoolisme, l'autisme et l'agoraphobie. Sans jamais être naïf ni mièvre, Mary et Max nous offre de très beaux moments de cinéma, entre rires et larmes, comme on aimerait en avoir plus souvent...."

Evene.Fr "...La richesse de la bande-son (Philip Seymour Hoffman et Toni Collette doublent les deux héros dans la version originale) ajoute au charme désabusé de ce conte qui ne caresse pas le public dans le sens du poil, mais ose le considérer comme intelligent. Adam Elliot lui offre le beau cadeau de célébrer des valeurs aussi fortes que la beauté des différences et la force de sentiments amicaux qui font fi de l’éloignement géographique comme des tracas du quotidien. Rarement film désespéré a été aussi chaleureux..."
Le Monde.Fr - "Mary et Max" : deux solitudes en pâte à modeler

04 octobre 2009

The Children’s Hour (usa ) - la Rumeur - De William Wyler

La Rumeur
The Children’s Hour, USA, 1961


Réalisation William Wyler
Scénario : Lillian Hellman, John Michael Hayes, d’après la pièce de Lillian Hellman
Avec Audrey Hepburn (Karen Wright), Shirley MacLaine (Martha Dobie), Miriam Hopkins (Lily Mortar), Audrey Hepburn (Karen Wright), Shirley MacLaine (Joe Cardin)..

Sorti en 1963, La Rumeur est un remake. A presque trente ans d'intervalle, William Wyler reprend lui-même son propre film (Ils étaient trois, 1936), adaptation très édulcorée de la pièce scandaleuse de Lillian Hellman, The children's hour. Reprise, 8 juillet 2009(Source Excessif.Com)
Synopsis
Deux amies, Karen Wright et Martha Dobie, dirigent une institution pour jeunes filles dans une petite ville de province. Elles sont très proches l'une de l'autre depuis longtemps, et le fait que Karen soit amoureuse du Dr. Joe Cardin irrite parfois Martha.
Lorsqu'elles punissent Mary, une élève méchante et rancunière, cette dernière, par pur esprit de vengeance, accuse les deux femmes d'avoir des relations sexuelles entre elles. Et elle appuye son accusation par une autre fille, Rosalie, qu'elle manipule après la savoir voleuse de bijoux...
Très vite, les rumeurs scandaleuses se répandent, et tous les parents retirent leurs enfants de l'école....
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Surprenant par son entrée en matière, ce pensionnat à l’ancienne, dirigée par deux jeunes femmes aidées par la tante de l’une. A leur cote n’hésitant pas à leur venir en aide, le médecin local Joe Cardin interprété par James Garner.
Alors que Karen (Audrey Hepburn), rassurée sur l’avenir financier de l’institution, se prépare à accepter la demande en mariage du toubib, mettant ainsi la pauvre Martha(Shirley MacLaine )au supplice ! Mais est-ce de la jalousie et si oui envers qui ? Toujours est-il que cette dernière passe ses nerfs sur sa pénible tante et renvoie celle-ci vers ses planches, vers ce New-York qu’elle n’aurait jamais du quitter !
Toujours électrique, la petite peste de service en fera les frais elle aussi ! Singeant un malaise, mentent avec un aplomb confondant, la jeune Mary se voit punie et obligée de changer de chambrée ! Un affront dont elle n’aura de cesse que d’en être vengée ! Usant de sa facilité et de son assurance à mentir, usant du pouvoir que lui donne l’oreille bienveillante de sa grand-mère, une des fortunes locales, par ailleurs tante du jeune médecin , elle va puiser dans son imagination, dans des lectures que des jeunes filles de son âge ne devrait pas lire, mais aussi dans tous ces petits ragots de dortoirs, ces bruits de couloirs aussi, qui entrevus, ou à peine entendus, sortis de leur contexte prennent une toute autre ampleur et signification. De tout ce matériel la jeune Mary (Karen Balkin) va tisser une effroyable RUMEUR , capable de vous l’assener les yeux dans les yeux, ou bien au creux de l’oreille, la gamine s’avère formidablement effrayante dans ce rôle !
Dés lors l’intensité dramatique empire, les tentatives de faire éclore la vérité se heurtent au mur dressé par l’enfant, pis le doute s’installe, ronge les cœurs et les amours, l’été s’est achevé et les feuilles se sont accumulés sur un domaine bien vide…
Est il encore temps pour la vérité d’éclater, le mal peut-il encore être réparé, des amours inassouvis n’auront donc jamais lieu..Le drame est il fini ?
William Wyler livre un film très noir, bénéficiant d’une éblouissante partition avec ses deux actrices renversantes, Audrey Hepburn et Shirley MacLaine illuminent de leur jeunesse cette sombre destinée. Quand au contenu, ne pouvant trop en dire sur l’homosexualité, même présumée comme ici, le film pose la question du regard curieux dés lors que l’on est désigné comme différent, ou simplement suspect et ce d’autant plus que l’on vit dans un bled provincial ! Quand à la fin tragique, un désespoir d’amour ou une impossibilité à s’assumer, la question est posée !
Excessif.Com "...Daté et très théâtral, ce film rare vaut surtout pour ses dialogues bien sentis, les mimiques pré-Exorciste d'une fillette flippante (Karen Belkin), et la performance outrée mais pro de son duo d'actrices, les ravissantes Audrey Hepburn (que Wyler avait découverte et lancée dans Vacances Romaines) et Shirley MacLaine, tout juste auréolée de son succès dans la délicieuse Garçonnière de Billy Wilder..."
CritiKat.Com "...Si l’homosexualité est bien le noyau dramatique du film et nous vaut une sublime scène « d’aveu » de Shirley MacLaine (« Je suis coupable » commence-t-elle au bord des larmes), la véritable réussite de La Rumeur tient dans la manière dont le film joue du principe d’inversion pour pervertir le puritanisme hypocrite de la société provinciale qui nous est décrite. N’est-ce pas étonnant que les plus « perverses » de toutes soient celles à qui la doxa accorde pureté et véracité : soit une enfant et sa grand-mère ? Que penser, en effet, de cette Mary aux yeux diaboliques qui se complaît à véhiculer la rumeur tout en entretenant une relation SM sous couvert de chantage, avec l’une de ses camarades de classe… une voleuse de surcroît ! À côté, la prétendue relation entre les deux femmes paraît bien noble et anodine..."

02 octobre 2009

Humpday - De Lynn Shelton

Humpday
(États-Unis)
De Lynn Shelton

Avec Mark Duplass (Ben), Joshua Leonard (Andrew), Alycia Delmore (Anna), Lynn Shelton (Monica), Trina Willard (Lily)...

Synopsis
Parfois, les grandes amitiés peuvent mener un peu trop loin...
Un soir, Andrew débarque sans prévenir chez Ben, son vieux copain de fac. Les deux hommes ne tardent pas à renouer avec leur bonne vieille complicité de machos hétéros. Afin de distraire Ben de sa petite vie bien rangée, Andrew l'entraîne dans une fête aux moeurs libérées. Sur place, tout le monde ne parle que de participer au festival local de porno amateur et de tourner des films érotiques d'art et d'essai. Andrew semble plus que partant. Ben semble un peu moins concerné.... Quelques litres d'alcool plus tard, une idée prend vite l'allure d'un pari : Andrew et Ben coucheront ensemble sous l'oeil bienveillant d'une caméra. Ce n'est pas gay, ça va bien au-delà. Ce n'est pas du porno, c'est de l'Art. Le lendemain, impossible pour eux de se dégonfler. Rien ne pourrait les arrêter... sauf peut-être la femme de Ben, l'hétérosexualité ou certaines questions d'ordre mécanique...
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Quand deux amis, anciens complices, on les imagine alors sans peine juste un peu plus jeune et potache, se retrouvent !
Quand l’un voit les rails de sa vie se dessiner, situation, jeune épouse et projet de paternité en vu ! L’autre grand ourson barbu, excentrique, plutôt bourlingueur déboule, les poches remplies de vent, l’esprit apparemment toujours plein de rêve !
Que les retrouvailles débouchent sur une fête improvisée, Andrew se lie vite et en amuseur public un poil déjanté évolue à son aise dans la faune nocturne du coin, Ben plus modéré, vient de laisser son épouse derrière lui, et la soirée se prolonge, les esprits s’embrument sous les vapeurs d’alcool et les joints qui tournent ! Quand on en vient à parler du festival de Humpday , Ben peut être dans un soucis de briller, de s’affranchir de cette casquette de mari fidèle et rangé qu’il semble tout à coup porter comme une armure de plomb, s’affranchi et lance avec son vieux pote Andrew le pari , quasi insensé, pour le moins osé de tourner un film en DV, les réunissant l’un et l’autre dans une étreinte homosexuelle ! Projet qu’il s’empresse de qualifier d’artistique, ni l’un ni l’autre n’ayant à ce jour développer de réelles pulsions homos !
Que le lendemain tout ce beau projet tombe à l’eau n’aurait rien eu d’étonnant ! Mais il n’en sera rien !
Au delà d’une réelle amitié, insuffisante pourtant pour engendrer quelque pulsion sexuelle, nos deux héros ont chacun un compte à régler.
Pour Ben se prouver que sa vie maritale, ce début n’est pas une barrière insurmontable, un obstacle à toute fantaisie, et si celle-ci devait être la dernière ?
Pour Andrew son exubérance, sa tchatche et sa descente remarquable, la scène où dans la cuisine il liquide avec la femme de son ami une bouteille de whisky et où la discussion hilarante finit sur une mise en évidence de la vérité ! Cruelle !
Pour lui et c’est peut-être le propre des esprits et des corps libres, il noie dans les outrances, une solitude et une mélancolie connue de lui seul ! Oui des deux candidats au projet il apparait comme le plus sérieux, le moins loquace à ce sujet, et pourtant la scène où approchée se façon invasive par les deux amies lesbiennes et qui le remplisse d’effroi, pourrait en dire long !
Une autre révélation suivra concernant Anna, une autre flèche qui rendra le projet toujours plus primordial !!!
L’heure de celui ci arrivera ! Que s’y passera-t-il ? Peu importe ou alors …
L’important ici réside dans ces portraits de jeunes adultes, complètement (Anna et Ben ) ou pas entièrement responsable Andrew , ours itinérant trainant une longue cape de désespoir caché sous une rude carapace !
Oui il me semble que son personnage aurait lui pu craquer et s’abandonner, il y a là derrière ce coté haut en couleur, une immense détresse qui demande à être rassurée !
Et chacun de ces personnages ausculté avec souplesse par la caméra de Lynn Shelton de craquer le vernis que déjà si jeunes et si différents ils se sont appliqué !

Excessif.Com "...Les deux principaux, Mark Duplass et Joshua Leonard, sont aussi incroyables dans leur performance que complémentaires, l'un dans le rôle du marié coincé, et l'autre dans celui du fêtard complètement déglingué. A suivre avec attention.
A l'image de nos héros, Humpday se vit comme une expérience à part entière, dérangeante pour certains, peut-être excitante pour d'autres... Quoi qu'il en soit, elle ne devrait pas laisser indifférent ni même insensible. Et c'est ce qui plaît..."

CritiKat.Com "..Pourtant, il y a dans l’enthousiasme surjoué de leurs retrouvailles une vraie mélancolie : à force de sourire en permanence et de se taper sur l’épaule, Ben et Andrew trahissent une vraie gêne, celle que l’on peut éprouver face à un ami qui a beaucoup compté mais que l’on n’a pas revu depuis très longtemps. Le joli personnage d’Anna, forcément plus en retrait mais pas moins intéressant, donne corps à ce qui s’est interposé entre les deux gars et l’âge adulte : elle est, bien malgré elle, le temps qui passe et qui a rangé les vieux CD de Nirvana au fond d’un placard.
Ainsi, le pari stupide que décident de relever Andrew et Ben lors d’une soirée arrosée au milieu de lesbiennes et gays arty de la côte ouest relève moins d’un véritable désir (fût-il de l’ordre purement sexuel, ou du seul besoin de transgression) que de l’envie de neutraliser ce corps qui s’est interposé entre eux deux et leur jeunesse passée. L’idée est belle et aurait pu donner naissance à un fort joli film mais hélas..."

Le Monde.fr - "Humpday" : sur les rives du Pacifique, les incartades sexuelles de Ben et Andrew

Thirst, ceci est mon sang - De Park Chan-wook


Thirst, ceci est mon sang

(Titre original : Bak-Jwi, Corée-du-Sud)

De Park Chan-wook

Avec Song Kang-ho (Sang-hyun), Kim Ok-vin (Tae-ju), Kim Hae-sook (Madame Ra), Shin Ha-kyun (Kang-woo)....

Prix du Jury Ex-equao Cannes 2009

Synopsis
Sang-hyun est un jeune prêtre coréen, aimé et respecté. Contre l'avis de sa hiérarchie, il se porte volontaire pour tester en Afrique un vaccin expérimental contre un nouveau virus mortel. Comme les autres cobayes, il succombe à la maladie mais une transfusion sanguine d'origine inconnue le ramène à la vie. De retour en Corée, il commence à subir d'étranges mutations physiques et psychologiques : le prêtre est devenu vampire. Mais la nouvelle de sa guérison miraculeuse attire des pélerins malades qui espèrent bénéficier de sa grâce.
Parmi eux, Sang-hyun retrouve un ami d'enfance qui vit avec sa mère et son épouse, Tae-Ju. Il succombe alors à la violente attirance charnelle qu'il éprouve pour la jeune femme...
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Park Chan-wook livre une œuvre débridée, jouissive et immorale ! Il recoupe les grands thèmes du moment maladie et épidémie, infection et miraculeuse guérison, mais sous sa chasuble épiscopale ce n’est pas tout à fait l’esprit saint qui règne mais un vampire ressuscité évidemment et adulé comme un miraculé ! Alors que l’homme d’église lutte pour pouvoir assouvir ses sanguins appétits tout en officiant dans une éthique des plus scrupuleuses, il ne s’approvisionne que dans les hôpitaux, malades en fin de vie. Il se pose ainsi à sa façon en farouche partisan de l’euthanasie (par prélèvement sanguin !)
Appeler auprès d’un malade, il possède aussi le don de guérir, ce prêtre vampire s’est octroyé la place de dieu ! Il reconnait un ancien camarade, marié,pour le pire, à une jeune femme pour laquelle il montre bien peu de respect et d’affection !
A l’appétit du sang, s’éveillera celui du sexe, ce qui nous vaudra, spectateur de superbes scènes torrides ! Sexe and Blood and Soutane !
Quand cédant à la jeune femme, dans un instant d’égarement, Sang-hyun plante ses crocs et lui ouvre ainsi les portes de l’éternité, de la force mais aussi celle de cet appétit jamais rassasié, la situation s’envenime et les cadavres s’entassent !
Car cette dernière, Tae-Ju ressemble à une enfant capricieuse et jamais rassasiée, joueuse et dangereuse ! un monstre serait il né !


Park Chan-wook filme juste et bien, cadrant à la perfection l’intérieur moderne de la demeure de la famille de Tae-Ju, captant les regards souvent interrogatifs, nous offrant un instant de pur plaisir quand il s’agit de déplacer l’ancêtre avachi sur son fauteuil, deux maigres bras suffisent ! (J’ai tenté de faire de même avec ma voisine, qui lasse s’était assoupie ! vous auriez vu sa tête quand elle a repris connaissance trois rangs plus loin..Et deux marques sanguinolentes à la base du cou !)
Voilou, Ho, je ne retrouve pas la claque de Old Boy(œuvre culte dans le genre) , pas vraiment celle de Sympathy for Mr Vengeance non plus !
Non c’est tout autre, une farce assez gore, une ruade aussi dans l’univers catho, cela ressemble à une grosse blague saignante, sexy ! Reste cependant surnageant parmi tout cela une magnifique histoire d’amour, charnelle..Et saignante! Je t’aime. ..Mords moi !
Sans toutefois oublier que quelque part des gens meurent..à cause du sang, d’une saloperie de virus que l’on nomme HIV !
Enfin une fin des plus romantiques, celle des classiques où l'écrivain alliait amour éternel et mort inéluctable..mais toujours à deux !
L'amour ici est dans ses grands souliers ! Pour saisir...allez au cinéma bien sur !

Excessif.Com "...on pouvait s'attendre au minimum syndical : une révolution des codes du film de vampires, un peu à la manière de Morse, de Tomas Alfredson. En réalité, le résultat tient plus du patchwork de cinéphile destroy où, un peu à la manière de Quentin Tarantino, PCW a isolé toutes les scènes bizarres de ses films cultes, pas nécessairement des films de vampires. En les assemblant, il a essayé de proposer une alliance à la fois sophistiquée et dégénérée..."

CritiKat.Com "..Ce qui choque surtout dans Thirst, c’est que notre réalisateur, particulièrement influencé par les films de série B, ne croit pas en son histoire de vampire. Il joue sur un second degré qui pourrait apparaître comme une tentative de réflexion distancié sur le genre. Cela ne fonctionne pas : l’absurde vaguement auteurisant du réalisateur décrédibilise un film au fond profondément tragique..."

Le Monde.Fr - "Thirst, ceci est mon sang" : vampire et clergyman

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