23 mars 2008

El Baño del Papa (Les Toilettes du Pape) - Uruguay

El Baño del Papa
(Les Toilettes du Pape)
Un film de Enrique Fernandes, Cesar Charlone
Avec Virginia Méndez, Virginia Ruíz, Cesar Troncoso, Mario Silva...
Synopsis
Nous sommes en 1988, et Melo, petite ville uruguayenne à la frontière brésilienne qui survit essentiellement de la contrebande, attend fébrilement la visite du pape Jean-Paul II. Les médias annoncent des centaines de visiteurs, des milliers de pèlerins en quête de nourriture, boissons, drapeaux, souvenirs, médailles commémoratives.
Les plus modestes pensent que cette visite sera miraculeuse pour leur âme et leur porte-monnaie. Tous n'ont plus qu'une idée en tête : vendre sandwiches, boissons et autres petits objets, à la foule qui se pressera pour accueillir le Pape.
Beto, un petit contrebandier qui survit misérablement de ses allers-retours en vélo à la frontière brésilienne, rêve de pouvoir s'acheter une moto. Beto pense alors avoir la meilleure des idées, construire des toilettes publiques devant sa maison et les louer. Mais avant de pouvoir construire ses toilettes, et malgré l'hostilité de sa famille, Beto va devoir multiplier les allers-retours de plus en plus risqués à la frontière, sur son vieux vélo, pour passer des produits de contrebande...
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De temps à autre, le cinéma accouche d’une petite perle. Celle-ci, « EL BANO DEL PAPA » « Les Toilettes du Pape »nous vient d’Uruguay. Ce film calque sa trame sur un événement réel, la visite de Jean Paul II en Amérique du Sud et plus particulièrement son passage à Melo, petite ville à la frontière brésilienne.
Cette visite riche de promesses va tournebouler la vie de cette petite communauté. A Melo on survit, notamment grâce à la contrebande et si les plus favorisés effectuent les allers retours en motocyclette, les autres comme Beto n’ont que la force de leurs mollets. Et sur des bécanes antiques ils parcourent pistes et marécages tout en jouant au chat et à la souris avec la douane volante et ses fonctionnaires véreux.
Ce film est généreux, comme Beto, tendre comme les principaux héros d’infortune. Beto et sa petite famille, sa femme courageuse Carmen gérante du foyer et coffre-fort familial, leur fille scolarisée et qui rêve d’un avenir meilleur et se voit et se passionne pour le journalisme, disons médias. Des images volées aperçues sur les télés d’autrui, les infos écoutées sur son petit récepteur à piles, quand pile il y a. L’électricité est un luxe, et si tout semble manquer à Melo, on redouble de courage et d’inventivité et malgré l’extrême pauvreté, si le sol est bien souvent de terre battue, que s’amoncellent ferrailles et matériau de récupération, ici règne une certaine fierté rimant avec propreté.
Tous les personnages sont attachants, même le douanier zélé et véreux se montre antipathique à souhait. Le film tire une grande partie de sa force dans l’interprétation, car outre les acteurs professionnels, pour l’essentiel César Troncoso (Beto ), Virginia Mendez(Carmen), ce sont les habitants de Melo eux-mêmes qui se muent en acteurs , et il faut l’avoir lu pour le savoir , car comme pour tout , ce film est un sans faute.
On obtient au final une formidable histoire humaine, où les femmes sont psychologiquement fortes, les hommes courageux mais aussi plus faibles donc parfois plus sensibles et aptes à glisser sur ou vers un terrain plus rentable mais moins vertueux.
Une magnifique histoire ponctuée de moments drôles, d’amitié, d’amour de révolte parfois, une aventure apte aussi à nous laisser au bord des larmes. Pour Beto et sa famille, pour Beto et ses amis, Pour son rêve de Toilettes papales, oui, trois fois oui, de ce cinéma là j’en redemandes !
De ces couleurs recherchées, une magnifique teinte presque sépia parfois, ces plans merveilleux d’apparente simplicité, je pense parfois au ciné en noir et blanc, dépouillé alors, d’un Charlie Chaplin qui savait lui-aussi si bien nous conter la vie ordinaire de gens « extra »ordinaires.
Voila l’immense résultat obtenu par Enrique Fernandez, originaire de Melo et Cesar Charlone, Uruguayen. Au premier l’écriture, au second la photographie chacun a dans son domaine déjà fait preuve de brio, leur alliance ici fait merveille. Merci à Eux et à Melo !
Fluctuat.Net "..Ces crépusculaires échappées cyclistes, joliment sous-exposées, apportent des touches de poésie discrète qui s’accordent parfaitement à l’humanisme poignant d’une histoire toute simple..."
CommeAuCinema.Com "..Dans un film teinté d’ironie, les réalisateurs nous parlent de pauvreté, de liberté et d’espoir. L’alternance de moments émouvants et de passages drôles évite l’écueil de l’apitoiement..."

4 commentaires:

zem a dit…

S’inspirer d’un fait authentique (la visite du pape J.P II en 1988 en Uruguay) pour en faire une fable sur la pauvreté et sur les rêves d'espoir était logique mais risqué, car il est souvent très facile de tomber dans le misérabilisme en voulant montrer la misère. Mais ici point de facilité, c’est même tout le contraire. Les toilettes du Pape, c’est le portrait d’un homme très pauvre (Beto), qui est convaincu que les choses peuvent changer et qui, chaque matin se lève empli d’espérance et de courage. C’est un état des lieux d'un pays (l’Uruguay), où manger chaque jour, est un combat pour la moitié de la population. C’est une tragédie où le système D est une obligation vitale. C’est le regard empreint de tendresse d’une adolescente sur son père et son acharnement à vouloir s’en sortir coûte que coûte. C’est le récit d’un espoir fou, celui qui permettrait à toute une population de gagner un peu d’argent grâce à l’afflux de pèlerins provoqué par la visite Papale dans leur ville.

L’idée de départ est simple, Beto, un pauvre habitant de Melo, une petite ville Uruguayenne frontalière avec le Brésil, qui vit chichement en faisant de la contrebande de produits d’épicerie sur son vélo, décide de tenter sa chance avec la venue du Pape. Il décide de construire des toilettes modernes et payantes dans son petit jardin, ceci afin de pouvoir le louer aux milliers de pèlerins qui ne manqueront pas de suivre la Cour Papale dans sa procession à travers le pays. Mais comment construire des toilettes chics, lorsqu’on à même pas de quoi s’acheter le minimum ? Et comment ne pas résister aux appels répétés des médias télévisés qui vous informent, jours après jours, en gonflant les chiffres, de la progression papale et des centaines de personnes qui ont fait fortune en commerçant avec les milliers de pèlerins ? Comment résister à l’appel de l’argent facile quand on ne possède rien ! Les embûches vont se multiplier pour Beto, et l'endurance sera une qualité qu’il va devoir mettre en avant, dans tous les sens du terme !

Ce film nous montre une réalité où la misère n’empêche ni le rêve, ni la tendresse, ni l’humour. Il est d’une simplicité et d’une drôlerie qui donne lieu à de multiples scènes très réussies avec un regard ironique mais très tendre porté sur ces petites gens et leur façon bien particulière (la contrebande à vélo) de survivre. Beto, en émouvant soldat de la survie,
nous parle de pauvreté, mais aussi de liberté et d’espoir. De son chemin de croix quotidien à vélo, il a su nous montrer que même les gens de peu ont du courage et de la persévérance malgré les pièges du système qui les maintiennent d’une main de fer dans leurs conditions et qu’ils savent aussi relever la tête. Malheureusement, si le Pape faisait des miracles, ça se saurait, et les résultats tant attendus, tant espérer, tant priés, ne seront pas au rendez-vous.


Un superbe plongeon au cœur de l’Amérique Latine et un émouvant hommage à ceux qui ne renoncent jamais.

Kilucru a dit…

@ zem : plus de quinze jours après j'y repense encore avec tendresse et émotion..Un film à conseiller ..

Espera a dit…

Bravo pour cet article et ce commentaire. Pour être mariée à un uruguayen qui connaît très bien Melo, je peux vous dire à quel point ce film reflète bien et la situation et la mentalité des habitants de cette petite ville. L'Uruguayen, par nature, ne se prend pas la tête, et a promu le système D en philosophie du quotidien. Même au plus dur de la crise il ne doute jamais qu'il s'en sortira ce qu'illustre bien le rêve fou de ce petit contrebandier.
Le film montre aussi la toute puissance des médias sur les "petits" qui sont toujours les premiers à se faire berner.
Le film, tel qu'il est fait, colle parfaitement à son sujet. Ainsi que vous l'écrivez, c'est réellement une perle.

Kilucru a dit…

@ espera : merci pour ce retour, de Melo à ..Melo la boucle est bouclée !
Sympa!

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